Post has published by Solduros_390
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Antiochos 4 Epiphanès (175-163)

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Peu de souverains ont été autant décrié qu’Antiochos 4. Mégalomane, voir fou pour les auteurs de son époque, figure du démon pour les Juifs, ce monarque ne mérite pas un tel acharnement. Il se savait issu d’une grande lignée, maître du plus puissant empire de son temps (bien qu’affaibli) et en cela, il ne pouvait pas ne pas arborer une certaine ambition et un sentiment de grandeur. Sa position nécessitait une force de caractère en acier trempé ; voilà le point où il est critiquable (même s’il a une circonstance atténuante). Il avait les moyens de ses ambitions, mais pas le cran d’aller jusqu’au bout.

Ce basileus était fils d’Antiochos Megas. Comme vu précédemment, il avait succédé à son frère, Seleukos 4, lorsque ce dernier mourut. Et dès son avènement, une épée de Damoclès allait peser sur lui : son neveu Démétrios captif à Rome.
A cause de cela, le nouveau souverain séleucide allait rompre avec la politique de son frère. Il s’employa tout de suite à ménager les intérêts pergaméniens et romains. Intérêts qui l’avaient probablement amené sur le trône. Ainsi assura-t-il sa neutralité dans le confit romano/macédonien de 171, et décida-t-il de ne pas mener une politique extérieure en direction de l’ouest de l’Asie mineure. L’intérieur et l’orient devaient concentrer toute son attention.

 

Antiochos IV fut un souverain atypique. Les sources (Polybe, Diodore et Tite-live) nous décrivent un monarque au comportement qu’on ne qualifierait pas de royal à première vue. Il allait se baigner dans les thermes en compagnie des habitants d’Antioche, il flânait dans les rues en parlant aux citadins, il offrait des cadeaux aux particuliers et se montrait pingres avec ses philoi… tout cela fit que les auteurs antiques jugèrent sévèrement Antiochos Epiphane. On raconte même qu’il se retrouva à poil à la fin d’une beuverie, une position pas très royale vous en conviendrez…

 

Mais à coté ce cela, Antiochos s’attela également à réformer la politique interne. Suivant l’exemple d’Antiochos III, il s’attacha encore plus les temples. Là où avant les sanctuaires géraient eux-mêmes leur politique interne, Antiochos décida d’intervenir dans la nomination des prêtres et des récolteurs d’impôts. Nous avons l’exemple de la Babylonie où les prêtres furent nommés par le roi et où les événements se déroulèrent sans accroc. On peut imaginer qu’Antiochos fit cela pour deux raisons:

  • d’abord parce qu’il avait besoin d’argent pour payer les Romains et que son père avait mal fini à cause de cela
  • pour s’attacher personnellement des hommes qui lui devaient leur statut, lui-même n’étant pas assuré de sa place sur le trône tant que son cousin vivait

 

Sur le plan extérieur, le geste le plus connu d’Antiochos IV fut la 6ème «guerre de Syrie» (il fallait bien poursuivre la tradition séculaire). Les causes demeurent assez obscures. Les régents lagides voulaient-ils créer une diversion à leur mauvaise gestion ? Voulaient-ils reconquérir une province perdue ? Pensaient-ils avoir encore des soutiens en Palestine ? On ne peut que spéculer. Toujours est-il que la déclaration de guerre partit d’Egypte et atteignit Antioche en 170. Si le Séleucide avait projeté d’entrer en guerre contre son rival (on n’a aucune certitude mais c’est probable), Ptolémée VI lui donnait une occasion parfaite d’en finir une fois pour toutes.

Les deux parties s’empressèrent d’abord de dépêcher des émissaires à Rome pour gagner le sénat à leur cause. Ce dernier se trouva alors embarrassé. Les deux souverains hellénistiques étaient les amis du peuple romain, comment choisir ? Surtout que si l’un des monarques se sentait lésé, il pourrait très bien se tourner vers la Macédoine de Persée et l’aider dans sa lutte contre les latins. Les sénateurs décidèrent finalement de renvoyer les ambassadeurs chez eux avec des paroles d’amitié, sans avoir pour autant pris parti pour l’un des deux. Ainsi, les deux basileis furent rassurés; rome ne les dérangerait pas dans leur guerre.

Sur le terrain, les opérations commencèrent en 169. Bien que la déclaration de guerre émanait d’Alexandrie, les Lagides étaient moins bien préparés à ce conflit que les Séleucides. A tel point que l’armée ptolémaïque fut mise en déroute dès le départ de la campagne ; Antiochos avait désormais un boulevard devant lui. Il s’empara de Péluse, la clé du Delta. Puis, continuant son chemin, il envoya des diplomates dans la capitale. On ne connaît pas les modalités de l’accord, mais Ptolémée VI devait certainement faire acte de soumission à son oncle. Quoi qu’il en fût, cela ne plut pas aux Alexandrins qui se révoltèrent et nommèrent le frère de Ptolémée roi à sa place. Antiochos assiégea alors Alexandrie pour y rétablir son neveu, mais devant les difficultés du siège, il préféra se retirer en Asie… tout en conservant Péluse quand même.
A ce stade, les rois députèrent une nouvelle fois à rome, avec le même résultat. Cependant, Antiochos avait pensé que la guerre civile éclaterait entre les frères, mais le contraire se produisit. Ils s’entendirent pour repousser le Séleucide, qui se sentit trahi par l’accord entre les Ptolémée. La guerre reprit donc. Antiochos pensait gouverner l’Egypte à travers Ptolémée. Ce dernier se rapprochait de son frère et de sa sœur pour vaincre le Séleucide. Pour Antiochos, la situation devenait claire; il devait envahir l’Egypte.

Antiochos s’empara de Chypre et s’enfonça sans problème en Egypte. Tout le pays sauf Alexandrie se soumit. Antiochos était désormais pharaon. Nous avons quelques traces de ce règne à travers des stèles et des monnaies. Roi des deux royaumes les plus puissants du monde hellénistique, il ne lui manquait plus qu’à s’emparer d’Alexandrie pour acquérir une victoire totale. Il assiégea alors la capitale de l’Egypte. Un jour, alors que le siège continuait,  une ambassade romaine arriva en Egypte après Pydna et elle rencontra Antiochos dans un village nommé Eleusis. Antiochos l’accueillit avec amitié, mais le latin lui tendit une lettre du sénat d’un air froid. Le basileus y lut un ultimatum; il devait quitter le Delta et rendre ses conquêtes. Antiochos demanda de réfléchir en consultant ses philoi. L’émissaire lui répondit de réfléchir dans le cercle qu’il venait de tracer dans le sable. Après quelques secondes, le roi accepta de rentrer chez lui. Episode incompréhensible, mais pourtant véridique, comme seule l’histoire peut nous en donner. Le Séleucide vainqueur, Antiochos IV, fils d’Antiochos III, devait repartir dans son empire alors qu’il venait d’écraser son plus grand rival.

Il faut maintenant aborder le sujet le plus célèbre du règne, celui qui a même donné un livre entier à la Bible: les affaires juives.
Lorsqu’Antiochos III avait conquis la Palestine, il avait trouvé un accord avec les Hébreux. Ces derniers seraient de loyaux sujets d’Antioche, tandis que les souverains séleucides garantiraient leurs croyances et leur culture, comme ils en avaient l’habitude avec tous les autres peuples de leur empire. Cela fonctionna très bien jusqu’à l’année 175. Car malgré l’accord passé, l’élite juive restait divisée entre les partisans des Lagides et ceux des Séleucides.
Parmi les grands prêtres (la «famille régnante » en Judée), un nommé Jason vint jouer les troubles fêtes. Cette année-là, il soumit une requête à Antiochos. Si le monarque lui donnait la charge suprême de grand prêtre, Jason lui verserait un tribut plus important en échange. Ce qui fut fait. Dès lors, le nouveau grand prêtre put laisser libre cours à son philhellénisme. Il construisit un gymnase et une éphébie et se mit à vivre à la manière grecque. Cela ne dérangea pas les Juifs «modérés», mais les milieux ultraorthodoxes ne le voyaient pas ainsi. La tension grandissait de jours en jours. Jusqu’à ce que Jason fut lui-même déposé par un certain Ménélas qui se débarrassa ainsi du grand prêtre précédent. Celui-ci n’avait pas les mêmes inclinations que Jason. Quand ce dernier se montrait tolérant et modéré, Ménélas se comportait en tyran. Le sacerdoce du grand prêtre s’était transformé en régime despotique au profit d’un petit nombre de privilégiés. Dans ce climat de tensions grandissantes, Antiochos vint jouer le rôle qui mit le feu aux poudres.

En 168, de retour de la campagne d’Egypte (dans l’humeur qu’on imagine), Antiochos repassa par la Palestine. La foule avait cru à sa mort et s’était révoltée contre Ménélas qui restait bloqué dans la citadelle. Le sang d’Antiochos ne fit ni une ni deux, il prit d’assaut la ville, massacra et pilla. A ce moment-là, il décida de rebaptiser le temple en l’honneur de Zeus olympien ou de Baal, divinité suprême des Sémites. Le roi se comportait comme un roi hellénistique normal. Une ville se révoltait contre ses représentants, il devait agir. Et comme cette ville troublait l’ordre public, désormais elle subirait la présence d’une garnison. Cette dernière était évidemment composée de soldats helléniques et sémites (non judéens), ce qui implique un transfert de leurs coutumes à Jérusalem. Parmi elles, la religion. On vit donc quelques autels polythéistes fleurir dans la citadelle de Jérusalem, ce qui énerva encore plus les juifs traditionnalistes.

Dès que le basileus repartit, les troubles reprirent. De nombreux Jérusalémites s’enfuirent dans la campagne pur y continuer la rébellion. Antiochos demanda pourquoi ils se révoltaient. Quand on lui dit que la torah était la loi des Judéens et qu’ils se révoltaient à cause de cette loi, Antiochos réagit comme un Hellène. La loi était mauvaise; supprimons la loi et recréons-la ! Antiochos ne comprenait pas que supprimer la torah revenait à supprimer le judaïsme. Cela n’avait aucun sens pour un non juif. Et les Judéens ne comprenaient pas la réaction d’Antiochos. Cela fit dire aux juifs qu’Antiochos était anti-juif, ce qui n’est pas le cas.

Antiochos laissa alors le soin à son vizir Lysias de se charger de cette affaire. Il se fit battre plusieurs fois, tant et si bien qu’il finit par entrer en négociation. Le roi approuva son geste, mais il le fit maladroitement. En effet, il traita avec Ménélas (qui lui était acquis) pour calmer la situation. En gros, les Juifs avaient le choix de revenir au temps d’avant la persécution, ou de continuer la lutte. Jason décida de continuer la lutte. Il s’empara de Jérusalem en 164 (mais pas de la citadelle) et redédia le temple au culte de Dieu. Les troubles continuèrent mais comme ils concernent le règne du Séleucide suivant, il n’est pas lieu d’en parler ici.

Pour reprendre les affaires extérieures, il faut remonter à l’année 168, au retour d’Antiochos dans sa capitale. Là l’y attendait une délégation romaine à qui il dit qu’il préférait leur amitié qu’une victoire sur l’Egypte et qu’il aurait contribué à vaincre Persée s’ils lui avaient demandé d’intervenir. Son manque de cran (pour rester poli) se manifesta à nouveau en présence de diplomates romains.
Quoi qu’il en soit, on nous apprend qu’en 166, le basileus organisa des fêtes somptueuses en l’honneur de sa dynastie à Daphnée (ville de Syrie). Elles durèrent un mois et les jeux proposés rivalisaient de magnificence. Le clou du spectacle fut le défilé de l’armée. 50’000 hommes parés de phalères d’or et d’argent pour les corps d’élite. Tout devait exalter la puissance du souverain et montrer que malgré son échec diplomatique, sa puissance militaire demeurait intacte. Puissance dont il voulait faire preuve en organisant une opération en Iran pour y rétablir sa dynastie.
Dès l’année suivante, il se mit en route, en suivant le même chemin que son père. Il gagna l’Arménie qui fit acte de soumission. Il partit ensuite pour Ecbatane et la Parthie. Malheureusement, il tomba malade et mourut sans avoir réalisé son objectif. Il laissait une situation tendue et un tuteur (Philippe) qui n’était pas Lysias à son fils Antiochos.

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