Post has published by guiguit
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    Mon témoignage est une histoire. C’est ma grand-mère qui me l’avait raconté.

    Il était issu d’un milieu qui n’était ni populaire ni aisé. Pourtant, et c’est assez rare à l’époque pour être souligné, il était polyglotte. Il s’exprimait en néerlandais, en anglais aussi bien qu’en allemand ou en français, sa langue maternelle. Au début de la guerre, ce n’était qu’un adolescent trop jeune pour être sous l’uniforme trop vieux pour être considéré comme un enfant. Mais, apparemment, l’administration allemande manquait de personnel. Il fut donc engagé volontaire dans un service allemand. Il portait un uniforme noir et reçut même un pistolet en cadeau. Son travail consistait à délivrer des certificats, des permis, des convocations…. Il se montrait employé-modèle : toujours à l’heure, bien habillé, un bel accent. En somme, un vrai petit Aryen ! Travail, famille patrie !

    Ses parents n’avaient jamais été des nationalistes tonitruants sans pour autant penser qu’une seule patrie des travailleurs leur donnerait un bonheur incertain. Au contraire, c’est un patriotisme simple et ombrageux couvant comme un feu qui les habitait. Et quand ils apprirent ce qu’était en train de faire leur fils, ils le mirent à la porte. Sans oublier de lui servir toutes les insultes qu’ils connaissaient…. Il devint un proscrit dans son quartier alors qu’en Europe se construisait «l’Ordre nouveau» qu’il contribuait modestement à bâtir. Ses amis l’évitèrent. Les résistants inscrivirent son nom sur les listes noires des traîtres à la Patrie qu’il faudrait purger lorsque viendrait l’heure de sa Libération.

    Mais, tout était faux.

    Les papiers qu’il rédigeait évitaient à des jeunes de servir d’esclaves à la machine de guerre nazie, permettaient à des familles de se procurer de quoi se nourrir. De temps en temps, quelques braves pouvaient rejoindre les Alliés et continuer la lutte pour le compte de la Belgique. Car la Belgique n’avait pas capitulé et demeuré en guerre contre le IIIe Reich et il s’était juré de chasser les Allemands de son sol. Il était au cœur d’un réseau de résistance, en étant son élément infiltré. Travail changé en esclavage, famille décimée et patrie renaîtra !

    Et le réseau tomba. La Gestapo avait une efficacité toute germanique. Ses sicaires arrêtèrent tous les membres, pendirent les uns, décapitèrent à la hache la cheffe. Pourtant, notre adolescent ne fut pas compromis. Sauf quand un officier vérifia les papiers d’un des hommes qu’il sauva… Et lui-même dut prendre la fuite, coursé par deux sous-officiers, des adjudants m’a-t-on précisé…. Il les abattit. Son chargeur ne comptait plus qu’une balle, pour lui. Avait-il peur de livrer aux nazis des informations ? Avait-il peur de ce qu’on pourrait lui faire ? Nul ne le sera. Il se cacha. Partout. Plusieurs jours dans une citerne où il contracta la dysenterie et peut être même le cancer qui le tuera à 40 ans, plus tard.

    A la Libération, quand loi et liberté étaient retrouvées, il revint. On voulut le pendre pour les uns, le fusiller pour les autres. Mais comme son ange gardien veillait sur lui, son action de résistant fut prouvée. Ses parents l’accueillirent. Finalement, on voulut le décorer, beaucoup le décorer…

    Il reprit l’uniforme. Vert cette fois-ci. Et c’est sous le drapeau américain qu’il termina la Deuxième Guerre mondiale sur le Rhin. Le troisième Reich était tombé et la Belgique pourrait vivre encore longtemps «grande et belle» comme le dit la chanson.

    Cette adolescent devenu homme, c’était mon grand-père.

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