Post has published by Atlanthrope
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Hé bien, je t’en prie ! 😉

Salut Leonidas

Ce que j’essaie d’analyser est la mentalité et la rhétorique l’islamiste.
Pourquoi l’EI attire des hommes et des femmes de tous horizons ?
quelles sont ses motivations ?
quelles sont ses rhétoriques ?
que dit l’histoire ?

L’islamisme jihadiste se propose comme une alternative à l’Etat-nation, la famille moderne, ou encore l’individualisme avec une nouvelle vision révolutionnaire du monde, celle de l’imitation des anciens (Salaf). En effet, il offre une nouvelle forme de subjectivité « hyper narcissique », un désir de s’affirmer et de « sortir de l’insignifiance ». Sa légitimation repose sur la sacralisation et l’héroisation en mettant en scène un imaginaire martial. Cet imaginaire exaltant la “guerre sainte” et sa représentation fantasmée et idéalisée du “califat” et d’une “communauté islamique, la communauté sauvée” repose sur un discours de foi symbolique.

Il suffit de consulter la rhétorique islamiste et de ses références pour s’ apercevoir de l’inconstance de leur projet. Si le califat a survécu environ sept siècles – à vrai dire à part les quatre premiers califes qui étaient désignés à la tête du califat, les autres se sont auto proclamés à la tête d’entités qui étaient plus préoccupés de se maintenir au pouvoir (guerres intestines) que du jihad – c’est en partie grâce aux affaires (commerce, négoce, etc. avec le reste du monde), ce que les islamistes rejettent et n’expliquent pas à leurs adeptes comment faire pour vivre en autarcie.

Les islamistes sont coincés entre un mythe (le passé) et une utopie (la ré instauration du califat). Ils sont aussi tiraillés entre deux options : s’ intégrer dans l’ordre mondial ou refuser la société contemporaine. Se compromettre et renoncer à l’état islamique ou rompre avec ce monde et s’ accrocher à l’utopie. La première proposition discrédite les tenants de l’islamisme et annule leur projet, et la seconde les mets hors jeu et ne participe pas à la viabilité de leur projet. Dans les deux cas leur projet est irréalisable.

En examinant le projet et la stratégie des refondateurs du califat, il ressort que :
Ceux-ci tentent d’instaurer une variante d’État totalitaire se réclamant d’une conception religieuse et politique qui s’estime légitime parce qu’elle plonge ses racines dans l’islam des origines. Il s’agit d’un phénomène récurrent : depuis le début de l’Histoire, les hommes ou les groupes porteurs d’un projet politique ou politico-religieux cherchent à le réaliser sur un territoire. Autant que faire se peut, ce territoire doit leur conférer ressources et sécurité.

Pour instaurer un État, c’est-à-dire une autorité régissant la population d’un territoire donné, ils préconisent des pré requis. Le premier pose la défaite du monde occidental en préalable à la restauration de l’État islamique, selon Al Qaida, le second – influencé par les thèses d’Abou Moussab al-Souri, l’auteur de l’Appel à la résistance islamique mondiale – fait de la refondation de ce dernier un pré requis à la domination mondiale de l’islam.

L’influence dans la partie désertique de la Syrie et du centre de l’Irak, milieu particulièrement difficile à contrôler, n’y favorise pas la présence humaine et, dans cet espace, l’État islamique règne sur du vide. L’assise territoriale d’un État n’a de valeur que si elle porte une population.

De quelle population s’ agit-il ?
Des populations hétérogènes, dont les composantes se trouvent le plus souvent réparties sur plusieurs pays. Les Arabes (89% de la population en Syrie, 75% en Irak) sont les plus nombreux. La région héberge depuis des siècles des populations non-arabes : Kurdes (8% de la population en Syrie, 20% en Irak) et Turcs (0,5% de la population en Syrie, 3% en Irak). La population est très largement de confession musulmane, mais partagée entre sunnites (70% de la population en Syrie, 35% en Irak) et chiites ou assimilés (19% de la population en Syrie en comptant les alaouites, 60% en Irak). Le Califat aspire à éliminer de sa population tous les éléments “impurs“ chrétiens (10% de la population en Syrie, 5% en Irak), yézidis et zoroastriens,

Les islamistes s’intéressent avant tout aux Arabes de confession sunnite (majoritaires en Syrie, minoritaires en Irak). Parmi ceux-ci, un nombre non négligeable – mais impossible à évaluer avec précision – ont appelé de leurs vœux l’avènement de l’État islamique ou, du moins, ont observé une neutralité bienveillante à son égard. À l’origine, dans les cas irakien comme syrien, leurs motivations semblent avoir été plus politiques (lutte contre l’oppression, du clan al-Assad en Syrie et rejet de la politique sectaire pro-chiite de Nouri al-Maliki en Irak) que religieuses.

Faute d’États garantissant à l’ensemble des habitants le statut de citoyennes ou de citoyens libres et égaux en droits et en devoirs, la Syrie et l’Irak demeurent marqués par l’emprise des structures tribales sur la population. Loin d’être le symptôme d’un attachement archaïque à la tradition, il s’agit de pragmatisme. Les hommes se tournent vers les liens de solidarité traditionnels, les seuls qui leur assurent la sécurité, les moyens de vivre et d’avoir une existence sociale.

L’État islamique noue avec les notables des principales tribus de sa zone d’opérations.
En Irak, dans la province d’Al Anbar, il s’appuie sur un partie de la puissante confédération Dulaymi (très présente dans l’armée de Saddam Hussein avant 2003) et autour de Mossoul, il compte des partisans au sein de la branche al Djarba, sunnite, des Shammar. En Syrie, il est lié à une partie des Shammar al-Kursah et des Charabya. Mais la logique tribale est dominée par l’impératif de survie du groupe, ce qui rend les allégeances aléatoires car elles fluctuent au gré des intérêts et des rapports de force. La résistance de la tribu al-Sheitaat à l’État islamique tenait au moins en partie à la concurrence pour l’exploitation des champs de pétrole. Conjuguée à la règle fondamentale de la vengeance contre tout outrage, la segmentation propre à ce type de société pose le problème des luttes intertribales. Celles-ci contribuent à empêcher toute unification durable des populations de la zone contrôlée et facilitent les manœuvres, comme l’utilisation des certaines tribus contre les djihadistes. Les massacres spectaculaire de plusieurs centaines de membres de la tribu al-Sheitaat, en août 2014, et de la tribu Albou Nimr en novembre 2014, visaient, notamment, à imposer par la terreur une neutralité sinon une loyauté durables. Le cheik de la tribu al-Sheitaat, Rafaa Aakla al-Raju, avait appelé les tribus bédouines à se soulever contre l’État islamique.

Sa capacité à assurer le fonctionnement normal d’une société.
La restauration du califat dans la région conquise ou sous influence s’inscrit dans la mémoire arabe, musulmane et sunnite, à commencer par ceux dont le désir de revanche semble le plus intense : ceux d’Irak, dépossédés du pouvoir et humiliés par les chiites depuis 2003, et ceux de Syrie, chassés du pouvoir, discriminés et impitoyablement réprimés par certains clans alaouites depuis 1970.

Selon la tradition musulmane, le califat ne peut être détenu que par un descendant du Prophète. Le calife est, littéralement, le “successeur“ du prophète.

La proclamation du Califat, le 29 juin 2014, vise à réactiver la mémoire glorieuse de l’empire au temps de la dynastie abbasside. Dans la civilisation arabo-musulmane, ce geste revêt une importance en général mal comprise et/ou sous estimée en Occident. La définition d’Ibn Khaldûn (1332-1406), référence essentielle à ce sujet, permet de comprendre : le calife, écrit-il, est « le substitut du Législateur pour la garde de la religion et le gouvernement des affaires d’ici-bas sur un fondement religieux

Durant la période abbasside (750-1258), la réflexion politique fixa la doctrine du pouvoir califal et définit les fonctions principales du détenteur de celui-ci : préserver la religion telle que fixée par Mahomet et les premiers musulmans (salaf) ; protéger les territoires musulmans ; combattre pour la conversion des non-musulmans.

Le supplice du dernier souverain abbasside, Al-Muta’sim, par les Mongols lors de la prise de Bagdad, en 1258, marqua la fin à la fois de la lignée califale et de la prépondérance politique et économique des Arabes sunnites dans l’empire. Le geste d’Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire.

Selon la pratique instaurée par les Abbassides, les décisions du calife ne peuvent être ni contredites, ni ignorées ni enfreintes sans que ses adversaires ne soient considérés comme des traîtres à l’islam. Encore faut-il que le calife dispose des moyens de faire respecter son autorité. Ce qui suppose préalablement la reconnaissance de sa légitimité, ce que, dans le cas d’Abou Bakr al-Baghdadi, n’ont fait ni Ayman al-Zaouahiri, ni aucune des autorités religieuses respectées par l’immense majorité des musulmans sunnites.

Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène). L’État islamique forgé sous les Abbassides dont se réclame le calife Ibrahim, regroupe une communauté homogène : les croyants d’une seule religion, l’islam, dans une seule composante, le salafisme djihadiste, et régie par une loi divine, la charia. Il récuse tout ordre politique, intérieur ou international, qui ne procède ni ne se fonde sur le divin. D’où l’inutilité des ergotages sur l’appellation de l’entité créée le 29 juin 2014. Daesh n’est pas un mouvement indépendantiste combattant en vue de sa reconnaissance juridique en tant qu’État-nation, il a instauré un Salafistan , un territoire où règnent de nouveau la Vérité révélée par Mahomet et la Loi qui en découle.

Ceux qui rejoignent les terres du Califat affichent une détermination sans faille, celle des fanatiques. Au IXe siècle, une tradition apocalyptique naquit dans les rangs chiites : un Mahdi (un être “bien guidé“) accompagné d’une armée invincible viendrait préparer le Jugement Dernier. Au XIe siècle, les savants sunnites reprirent ces croyances afin d’entretenir la ferveur religieuse et de stimuler la fidélité politique des populations de l’empire abbasside. Les islamistes se réclament de cette eschatologie sunnite et enflamment leurs partisans en les persuadant qu’ils sont les annonciateurs du Jugement d’Allah.

Les islamistes développent une vision manichéenne du monde : ils incarnent le camp du Bien – réduit aux salafistes djihadistes contre le camp du Mal qui regroupe le reste de l’humanité (les “mécréants“, les juifs, les chrétiens et les musulmans chiites, les musulmans sunnites ne partageant pas leur vision de l’islam, les “hypocrites“, soit tous les dirigeants arabes, les États-Unis et la Russie.)

Comme les bolcheviks après la révolution d’octobre 1917, les chefs de l’État islamique redoutent par-dessus tout l’isolement.

Or, les équilibres régionaux se trouvent menacés. Le destin de la Syrie revêt une importance particulière car le pays est un État-tampon essentiel. Il se trouve à l’intersection des poussées expansionnistes contradictoires des États sunnites (Égypte, Arabie Saoudite, Turquie) et chiites (Iran, Irak), Israël, la rivalité américano-russe, l’Iran, aspirant à la puissance régionale, engagé dans un bras de fer avec l’Arabie Saoudite, la Turquie se préoccupant de sa stabilité intérieure, le Pakistan prêt à tout pour neutraliser l’irrédentisme pashtoun.

A la lumière de cet aperçu sur l’islamisme, qui ne prétend pas détenir la vérité absolue, qui n’est que mon avis personnel et qui est sujet à discussion, je prétend que tous les facteurs cités jouent en défaveur de la réalisation de l’état islamique. C’est mon point de vue, je l’admet c’est un peu long ou très long je vous le concède, mais j’ai résumé à la limite de la compréhension.

Soyez indulgents.

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