Post has published by kymiou
  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Bat, tu proposes là un exercice intéressant et je n’y résiste pas. Certes, un Belge est hors du coup, mais l’actualité française offre un vrai spectacle et je la suis comme un feuilleton à rebondissements multiples. N’étant pas concerné, je pourrais la jouer façon cynique mais je n’en ai nulle envie : les électeurs français ont vraiment de quoi être décontenancés.

    Petit étalage en commençant par la gauche.

    Nous avons là le mouvement « France insoumise » avec Jean-Luc Mélenchon. Il a rassemblé autour de lui de petites formations plus ou moins gauchistes et ce qui reste du parti communiste – ce dernier du bout des lèvres car il se méfie des leaders qui ne sont pas de son propre cénacle. Mélenchon est un orateur absolument remarquable et c’est toujours un plaisir de l’entendre. Il est vif, cultivé, incisif, souvent drôle. Mais ses idées, si brillamment exprimées dans une langue parfaite, datent un peu. Il rappelle les grands tribuns de gauche d’il y a cent ans. Il amuse souvent, intéresse toujours, mais convainc mal. Il a peu de chances de dépasser 12 % aux élections.

    Vient ensuite le parti socialiste.

    Cinq ans de pouvoir sans beaucoup de réussite. François Hollande est devenu président pour des raisons étrangères à son mérite. Il doit son succès à un phénomène de rejet de son prédécesseur Sarkosy et surtout à l’éviction du mieux placé alors des socialistes, Dominique Strauss-Kahn, suite à un gros écart de conduite dans un hôtel new-yorkais.

    Le gouvernement issu de ces élections m’a toujours paru pêcher par un certain amateurisme, un peu comme s’ils n’avaient pas prévu leur succès et n’avaient rien préparé. La dure loi des chiffres économiques l’a amené loin de ses promesses électorales, dans des voies sociales-démocrates qui suscitèrent des protestations dans ses propres rangs. Ces protestataires furent qualifiés de « frondeurs ».

    Or, c’est un de ces frondeurs, Benoît Hamon, qui remporta les élections primaires en battant au passage les personnalités du gouvernement de Hollande, qui représentent quand même une majorité du parti socialiste. On imagine les rancœurs… Hamon se situe à la gauche de ce parti avec une pointe d’écologie. Dans le demi-camembert de l’Assemblée, il côtoie donc Mélenchon. Les deux hommes auraient un intérêt certain à s’unir car ils représenteraient ensemble +/- 25 % de l’électorat mais cela ne se fera pas, question d’ego entre autres. « Je ne vais pas m’accrocher à un corbillard » a lancé Jean-Luc. Belle ambiance.

    En fait de rassemblement, Hamon n’a encore réussi qu’un accord avec les écologistes mais cela ne va pas très loin : ceux-ci, en poids électoral, ne pèsent guère plus lourd qu’une plume de poulet bio.

    Au centre, il y a naturellement les centristes. De petites formations monnayant leur petit électorat auprès de ses puissants voisins en échange de miettes de pouvoir, quelques circonscriptions, un ou deux ministères secondaires, ce genre de chose. En général, ils traitent avec la Droite mais l’une d’entre elles, celle de François Bayrou, s’est rapproché d’une candidature atypique, celle du mouvement « En Marche » d’Emmanuel Macron.

    Macron, c’est une espèce de martien politique prônant une union par-delà les structures traditionnelles. Il a un passé socialiste (version frondeur) dans sa vie publique, un passé bancaire dans sa vie privée, un physique de gendre idéal et le sens du spectacle. Les méchantes langues l’ont comparé à un prêcheur évangéliste, tant il suscite l’enthousiasme de son auditoire. Pour l’instant, il séduit au point d’être parfaitement placé pour le deuxième tour, où il vaincrait l’extrême-droite. Mais son électorat, s’il atteint 25% des intentions de vote, est aussi très volatile, peu affirmatif dans ses intentions.

    Bien des choses changeront encore pour lui. Son manque d’expérience est évident ; son souci de séduire l’interlocuteur du moment l’amène parfois à sortir des énormités, comme la colonisation qualifiée de crime contre l’humanité, et il collectionne les promesses contradictoires. De plus, il ne s’appuie sur aucun parti, même si quelques personnalités expérimentées issues de divers horizons l’ont rejoint. Sous leur influence, tout est possible, surtout qu’aux yeux des électeurs, sa candidature a quelque chose de rafraîchissant dans cette France où le prestige du monde politique est au plus bas. Bref, il fait rêver.

    Enfin, quand j’écris que tout est possible, je n’y crois pas vraiment : au moment des débats télévisés, il sera la cible de vieux routiers et je m’attends à ce qu’il se fasse écharper comme un chaton coincé dans une bagarre de matous.

    Et voici la Droite, le parti « Les Républicains » et leur psycho-drame.

    Après cinq ans d’insuffisances socialistes, ils avaient une autoroute pour la présidence. Mais le parti possède trois ailes. Celle de Nicolas Sarkosy, dont la personnalité ne laisse personne indifférent : on l’adore ou on l’abhorre. Pas de milieu.
    Celle d’Alain Juppé, un peu l’aile gauche de la famille, proche des centristes. C’est une droite rassurante, raisonnable et un peu vieillotte. Juppé est d’ailleurs septuagénaire.
    Et enfin François Fillon, droite pure et dure, réputation de sérieux et d’intégrité, une carrière déjà longue où il a souvent joué les seconds rôles derrière les vedettes, par exemple comme premier ministre sous la présidence de Sarkosy.

    Et c’est Fillon qui remporte l’élection primaire, au grand dam des deux autres qui ne s’attendaient pas à cet outsider promettant du sang et des larmes aujourd’hui pour un avenir radieux demain. Évidemment, après l’engouement initial où il dépassait 27%, les électeurs ont réalisé l’ampleur des sacrifices annoncés et sa cote s’est tassée au mois de décembre. Elle restait toutefois suffisante pour lui garantir de passer le premier tour et de gagner haut la main contre l’extrême-droite au second.

    Fin janvier éclate l’affaire. Selon le Canard Enchaîné, Fillon y aurait été un peu fort avec les fonds mis à sa disposition par l’Assemblée pour salarier des assistants. Il aurait engagé son épouse et ses enfants, tous confortablement payés pour des travaux fictifs (notez bien les conditionnels!).
    Le Parquet réagit aussitôt et lança une instruction. L’intéressé, pris par surprise, mit du temps à camper une défense cohérente. Dans son parti, on parlait ouvertement de le remplacer mais sans trouver de candidat consensuel et surtout acceptable pour l’électeur.
    Aux dernières nouvelles, Fillon est parvenu à sauver sa candidature par son énergie ( son entêtement, diront certains). Il y aurait un livre à écrire – il se fera sûrement et pas qu’une fois – sur les événements affichés et les manœuvres en coulisse.
    Mais c’est hors-sujet.

    Je me borne à ceci : avec ses 18 % à ce jour, Fillon est troisième derrière Macron. Si le calendrier judiciaire n’interfère pas, il pourra peut-être se remettre en ordre utile pour le second tour au moment des débats télévisés, moins par un accroissement de ses propres électeurs que par le recul éventuel de Macron si ce dernier n’arrive pas à préciser les idées générales qui ont fait son succès.

    Et last but not least, le Front National de Marine Le Pen.

    Extrême-droite souverainiste. Chaque pays européen a le sien mais celui de France est parmi les plus anciens et les plus puissants. Il traîne derrière lui le souvenir du fondateur, Jean-Marie Le Pen, révisionniste, vichyste, antisémite, nostalgique d’on ne sait trop quoi et qu’on préfère pas savoir. En reprenant le flambeau, sa fille Marine a déployé de gros efforts pour rendre sa formation plus ou moins respectable. Son programme est radical et purement populiste : sortie de l’Europe, sortie de l’Euro, protectionnisme,… on trouve cela partout et partout cela inquiète car ce sont vraiment des sauts dans le vide.

    Les choix dans l’isoloir.

    Non, l’électeur français n’aura pas facile. Les élections législatives, qui renouvellent les chambres, suivent de près l’élection du président. Le but est de lui fournir une majorité en députés pour soutenir sa politique. Ce principe est de bon sens mais cette année, cela risque de tourner carré. Revoyons le panorama.

    Les deux partis extrêmes, France Insoumise et Front National, existent par leur figure charismatique respective, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Mais on sait peu de choses sur la valeur et les capacités de leur entourage et ils n’ont aucune chance d’obtenir l’ombre d’une majorité au Parlement. Comment gouverner ?

    C’est aussi vrai, quoique dans une moindre mesure, pour Benoît Hamon, qui ne contrôle qu’une frange du parti socialiste. L’autre frange, celle qui soutenait le gouvernement Hollande, est étrangement silencieuse dans la campagne et je doute fort qu’elle fasse le moindre cadeau au frondeur vainqueur de la primaire, qu’elle considère comme un traître.

    Idem pour Emmanuel Macron. Lui n’a aucun parti, sinon le sien, mais encore à former. Un homme très seul, sans grande expérience politique et soumis aux influences contradictoires de ceux qui l’ont rejoint. Sans compter qu’au moment de remplir son bulletin, l’électeur retrouvera les vieux réflexes : X est à droite, Y est à gauche, Macron est…. ?

    La droite républicaine a plus de chances de ce point de vue. L’image de Fillon est très écornée, à tort ou à raison (plutôt à raison), mais la hargne avec laquelle il s’est défendu laisserait présager un président énergique, tout le contraire de son prédécesseur. Cela peut jouer… ou pas. Avec plaisir ou à contrecœur, les électeurs de droite finiront par voter pour leur camp.

    J’attends impatiemment les débats télévisés.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • A password will be emailed to you.