Post has published by kymiou
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    Hannibal n’a jamais révélé l’essence de son plan de guerre. Il connaissait assez les Romains pour savoir qu’avec eux, le schéma “je les écrase deux ou trois fois et ils demanderont la paix” ne marchera pas.
    Alors, j’imagine son plan ainsi. Laisser Hasdrubal en Espagne car les Romains y enverront des armées ; traverser les Alpes, battre un maximum d’armées ennemies, séparer les vaincus romains des vaincus alliés, libérer ces derniers et les renvoyer dans leurs cités avec mes compliments, me présenter aux membres de l’Alliance Latine, tous anciens vaincus de Rome, comme leur libérateur. Quand Rome sera réduite à ses seules murailles, elle sera bien obligée de traiter.
    En cas de besoin, Hasdubal pourra toujours me rejoindre après avoir éliminé les légions passées en Espagne. Forces réunies et avec un arrière-pays acquis à notre cause, nous pourrons même nous offrir le plaisir d’assiéger la ville. Fin de la partie.
    Quant à vaincre les armées romaines, c’est tout simple. Les légions sont dures à cuire mais elles ont un défaut : quand le combat est lancé, elles chargent toutes comme des taureaux sans plus se préoccuper de rien. Alors, moi Hannibal, je les travaillerai à la toréador. J’agite la cape, ils foncent dedans et…couic !
    Je pourrais poursuivre sur ce ton. C’est amusant. Mais redevenons sérieux.
    La bataille du Tessin ne fut qu’un succès sans plus, mais la Trébie et Trasimène sont effectivement des embuscades à grande échelle où les légionnaires donnèrent avec une précipitation qui leur fut mortelle. Et puis, il y a Cannes. La bataille parfaite. Aucun terrain à exploiter. C’est plat comme un échiquier. En fait de cape rouge, Hannibal avance son centre. Les légions l’attaquent en un mouvement convergent, comme dans un entonnoir. Les ailes se rabattent et les Romains, comprimés comme dans un métro à 17h, n’ont même plus la place nécessaire pour se battre. Boucherie.
    En ce moment précis, l’Histoire retient son souffle. Les victoires successives d’Hannibal lui ont coûté cher en vétérans ; les recrues récentes ne valent pas encore grand’chose et il en a sacrifié beaucoup dans les premiers instants de la bataille. Un nouveau combat dans l’immédiat est exclus et tant pis si ses officiers, Maharbal en tête, lui reprochent de ne pas foncer sur Rome. D’ailleurs, il n’a ni matériel de siège ni ingénieurs pour en construire. A ce stade, les villes de l’Alliance Latine doivent être en route pour offrir leurs service. Pour Capoue, par exemple, c’est quasi chose faite. Les autres suivront.
    Ce qui va faire rater ce plan pourtant logique, c’est que le Sénat a tout de suite compris la situation. Loin de rameuter ses garnisons, Rome leur enjoint de rester sur place et tenir à l’oeil leurs classes dirigeantes, des fois que Cannes leur aurait donné des idées.
    Cette tactique trouve une première application trois mois après Cannes. Hannibal lorgne Naples, un port par lequel des renforts pourraîent lui parvenir. Il y a une ville sur sa route : Nola. Hannibal a pris des contacts et une faction lui promet de lui ouvrir les portes. Mais deux jours avant son arrivée, une petite armée faite de bric et de broc sous Marcus Claudius Marcellus s’introduit dans Nola. Deux missions : régler leur sort aux traîtres et contrer Hannibal. Quand celui-ci se présente, les légionnaires font une vigoureuse sortie et les Carthaginois connaissent leur première raclée.
    Le cauchemar d’Hannibal commence…

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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