Post has published by jeremieds
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    Les 16ème et 17ème campagnes


    Les constructions, la sépulture et la conclusion

    La dernière campagne asiatique de Thoutmosis III, la 16ème, qui se déroule en -1437, est mieux documentée et stratégiquement plus importante que les 6 précédentes. Cette campagne sera déclenchée par une révolte des cités-états de Phénicie, selon toute vraisemblance, cette révolte a été provoquée par le royaume du Mitanni, très certainement parce que ce dernier se trouvait dans une situation très précaire, et que en déclenchant cette révolte, il pourrait empêcher l’Égypte de nuire au royaume, au moins pendant quelques temps, ces cités se trouvant également sur les grands axes commerciaux, un blocus sur le commerce semble aussi avoir été un des buts que le Mitanni ait voulut atteindre.
    Lorsqu’il apprend le soulèvement, Thoutmosis rassemble immédiatement son armée et prend la voie côtière pour mater la rébellion, il s’emparera de 2 villes dans la plaine de l’Arka, il s’emparera aussi du port d’Arqata et de la ville de Tounip ainsi que d’une dernière cité dont le nom ne nous est pas parvenu.
    Ces démonstrations de force suffiront à faire taire la révolte, sans attendre le Pharaon tourne alors son regard vers 3 garnisons mitanniennes qui se situent près de la ville de Qadesh, cependant la forte résistance de ces garnisons feront renoncer Thoutmosis à s’emparer de la ville, qui était pourtant un point stratégique, son armée étant trop affaibli par ses combats contre les garnisons du Mitanni, présentes à proximité.

    Cette campagne de l’an 42, en demi-teinte montre les limites de la puissance égyptienne, c’est la dernière de Thoutmosis dans cette région. Néanmoins, par la suite, les égyptiens mèneront des opérations militaires dans la région de Takhsy, entre l’Oronte et l’Euphrate, ne pouvant plus s’étendre au nord, les égyptiens tenteront d’agrandir leur empire à l’Est.

    Enfin, dans sa 50ème année de règne, Thoutmosis III se lancera dans sa 17ème et dernière campagne, en Nubie. Cette campagne le mènera jusqu’à la ville de Napata et il accomplira en Nubie des œuvres remarquables, il suit les traces de son grand-père Thoutmosis 1er et atteint la 5ème cataracte (Soudan actuel). Il fait ériger à Kenissa une stèle frontalière à côté de celle de son aïeul qui retrace ses hauts faits, il est également le premier à répandre si loin au Sud la culture égyptienne, le plus ancien document égyptien découvert dans cette région date d’ailleurs de cette époque.

    carte de la Nubie, avec les cataractes et la ville de Napata

    La question qui se pose naturellement est la suivante : Quelles furent les conséquences de ces conquêtes pour l’Egypte ?
    La réponse est toute simple : L’Egypte s’en est retrouvé enrichi et renforcé et les nombreux états « tampons » protégeait la vallée du Nil
    Les cités-états de Syro-Palestine payaient un tribut à une administration égyptienne renforcée par des garnisons placées aux endroits stratégiques. Un énorme afflux de richesses, butin de guerre et impôts parvient en Egypte, les pays conquis envoient des denrées et richesses aussi variées que du vin, de l’huile, des bovins, des chevaux, de l’argent, du cuivre, des pierres précieuses, des armes, des chars, des serviteurs et des femmes pour le harem, la Phénicie et les provinces voisines donnaient le blé, le cuivre, l’étain et prêtaient leurs flottes pour les opérations militaires, de Nubie arrivait l’or, l’ivoire et l’ébène, l’Assyrie fournissait le lapis-lazuli et l’empire Hittite les pierres précieuses. Le pays de Pount (Ethiopie) envoyait l’encens et la myrrhe. Toutes ces richesses servaient à enrichir et décorer les temples, mais aussi à de nombreuses constructions.
    Lorsque Thoutmosis III monta sur le trône, les Hyksos avaient été chassés d’Egypte depuis environ 1 siècle et la vallée du Nil avait été raffermit par des souverains illustre comme Ahmosis ou Thoutmosis 1er , mais Thoutmosis III fut le premier à bâtir un empire autant riche et grand, aucun autre Pharaon avant lui n’avait été aussi loin au Nord et au Sud. Il plaça l’Egypte au sein d’un vaste empire qui s’étendait du Soudan actuel à l’Euphrate et la puissance, la prospérité et les richesses sans cesse accrues allaient profiter aux souverains suivants.

    carte montrant une des situations possible du pays de Pount

    Ses constructions

    Thoutmosis III ne fut pas seulement un Pharaon conquérant, il fut aussi un Pharaon bâtisseur et un roi savant, il aimait l’écriture, la botanique et la musique et savait façonner les vases, il avait aussi un profond respect pour ses ancêtres et il apporta un grand soin aux temples et constructions bâties par ses prédécesseurs, il fit également dresser la liste de ses ancêtres rois.
    Thoutmosis lancera également de nombreux programmes de constructions, pas moins de 50 temples. Il remplace les édifices en briques du Moyen-Empire par des constructions en pierres, son œuvre architecturale s’étend jusqu’en Nubie : Bouhen, Kouban, Qasr ibrim, Oronarti, Pnoubs, Sai, Semna etc…
    A Karnak, grâce à son architecte Inéni, il édifie l’Akhmenou ainsi que les 6ème et 7ème pylônes, un édifice près du lac sacré et plusieurs obélisques, une statue en granit noir rehaussée d’or, en l’honneur de sa mère et le temple de Ptah. On trouve aussi des constructions à Deir-el-Bahari, Medinet Habou et Abydos ou il fait construire un nouveau temple de 60 mètres sur 40. Il construit également une citadelle à Avaris, l’ancienne capitale des Hyksos, il place des constructions dans les lieux les plus emblématiques d’Egypte : Héliopolis, Kôm Ombo, Edfou, Eléphantine, il fait aussi bâtir un port maritime au sud de l’île de Pharos, ce port sera agrandi par Ramsès II.
    Thoutmosis III a aussi commandé la construction de nombreuses tombes pour des nobles, qui ont été construites avec une qualité et une finesse inédite, son règne fut aussi marqué par des changements stylistiques dans les domaines de la sculpture, la peinture et les reliefs associés à l’architecture.

    une vue de l’Akhmenou à Karnak

    le temple de Ptah à Karnak

    Sa sépulture

    Après avoir régné durant près de 56 ans, Thoutmosis III meurt à un âge avancé, probablement entre 63 et 66 ans et ce fut son fils, Amenhotep II qui lui succéda. La tombe de Thoutmosis est la KV34 et est située dans la vallée des Rois, elle fut découverte le 12 février 1898 par Victor Loret* qui commença les premières excavations, il sera suivi par Georges Daressy** qui fouillera de 1898 à 1899. La tombe s’étend sur 76 mètres de longueur et présente une transition dans la conception des tombes royales, elle se compose d’une entrée assez raide qui donne accès à un corridor, puis à l’antichambre avec une descenderie centrale et un 2ème corridor menant à une autre chambre. La chambre funéraire est rectangulaire avec les coins arrondis, ce qui lui donne la forme d’une cartouche et elle flanquée de 4 chambres latérales. Ce tombeau possède sur ses murs la première version complète de l’Amdouat et des scènes du Litani de Rê. La momie du Pharaon était placée à l’origine dans un superbe sarcophage de Qartzit, qui occupe toujours le centre de la chambre funéraire, mais la momie de Thoutmosis III fut elle retrouvée dans la tombe Db320 de Beir-el-Bahari en 1881, elle avait été endommagée par des pilleurs de tombe et soigneusement restaurée par des prêtres.

    le couloir de la tombe KV34

    une vue du sarcophage de Thoutmosis III

    Conclusion

    Au terme de son règne, Thoutmosis III avait fait de l’Egypte la plaque tournante d’un vaste empire, enrichi par l’afflux de richesses issu de ses conquêtes, il avait hérité d’un royaume certes renforcé depuis la chute des Hyksos, mais encore « faible » par rapport à d’autres royaumes du Proche et Moyen-Orient, la réussite de ses conquêtes traduisent la persévérance, le courage, la ruse et parfois la chance d’un souverain qui, par son charisme, aura su s’imposer sur la scène très disputée de l’Orient. Il ne fut pas seulement, comme nous l’avons vu, un roi conquérant mais aussi, comme pour parfaire son palmarès, un roi bâtisseur, dont les constructions magnifiques se laissent encore admirer de nos jours. Par ses actes et sa personnalité, Thoutmosis III mérite amplement d’entrer dans le panthéon des grands conquérants de l’Histoire, des noms célèbres comme Alexandre le Grand, Gengis Khan, Jules César et tant d’autres, cela l’Egypte et sa culture exceptionnelle le lui doivent bien…

    FIN

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    *Victor Loret est né le 1er septembre 1859 et mort le 3 février 1946, égyptologues français, il enseigna l’égyptologie à Lyon et est nommé directeur général des antiquités égyptiennes en 1897, il publie son premier ouvrage : L’Egypte au temps des Pharaons en 1898.Il découvre par hasard la momie de Thoutmosis III en 1881 et la même année l’hypogée d’Amenhotep II ainsi que la tombe de Thoutmosis III en 1898.

    **George Daressy est né le 19 mars 1864 et mort le 28 février 1938, égyptologue français, il devient conservateur adjoint du musée d’Antiquités égyptiennes de Boulaq en 1887, il a effectué des fouilles à travers toute l’Egypte : dans la vallée des Rois, à Medinet habou, à Karnak, à Louxor, à Malqata et à Abydos.
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    sources:
    -Dictionnaire archéologique de la Bible aux éditions Hazan
    -le site Antikforever, croisé avec d’autres sources dont l’Atlas du Monde Biblique aux éditions Larousse et Bible et archéologie de Alfred Hoerth et John Mcray.
    -Atlas de l’Egypte ancienne aux éditions autrement

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