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BASSE EPOQUE dite aussi : RENAISSANCE SAÏTE – 672-525

XXVIème dynastie.Saïte

Il y a de l’ironie dans la manière dont cette dynastie s’est installée. Nékao n’est « que » gouverneur d’Egypte pour le compte des Assyriens et il semble avoir bien tenu ce rôle puisqu’à sa mort, son fils Psemthek reçoit d’Assourbanipal l’autorisation de coiffer la Double-couronne Pschent. Roi vassal mais roi quand même. Cette famille qui donnera à l’Egypte ses derniers feux est donc au départ une famille de « collabos »..

Psammétique 1er – il faut bien observer cette orthographe ridicule imposée par l’usage – commence donc en – 664 un règne qui s’achèvera en -610. Laissant à Saïs le statut de résidence d’été, il s’installe à Memphis d’où il reprend, petit à petit, le contrôle sur l’ensemble du pays par une politique subtile de nominations administratives et sacerdotales.

Sur le plan militaire, il profite des difficultés rencontrées par Assourbanipal contre les Elamites pour reprendre son indépendance (-653) et « reconduit » les garnisons assyriennes en Palestine. L’année où meurt Assourbanipal (-627) et où commencent les traditionnelles luttes entre ses héritiers, des Scythes attaquent l’Assyrie par le Nord, les Babyloniens de Nabopolassar par le Sud et les Mèdes de Cyaxare par l’Est.

A mesure que l’étau se ressèrre, Psammétique prend conscience que l’Assyrie offrait finalement de meilleures conditions de stabilité que ces conquérants ivres de vengeance. Il se pose donc en… allié de Ninive et expédie quelques troupes (-616) mais sans succès : Assur tombe en -614 et Ninive est totalement rasée en -612. Les vainqueurs passeront trois mois à en niveler le moindre muret ! On ne la relèvera que beaucoup plus tard sous un autre nom : Mossoul.

On peut penser que Psammétique recruta comme mercenaires tous les débris d’armée assyrienne qu’il put trouver. Car les mercenaires étaient fort demandés. Cela faisait plus d’un siècle que des populations grecques, cariennes et anatoliennes s’installaient dans le Delta où elles fournissaient le plus gros des troupes des royaumes du Nord.

Politiquement, Psammétique profite largement de l’effacement assyrien. L’Egypte, qui a abandonné son côté « continental africain » au fil des dernières décennies, devient une puissance méditerrannéenne avec ce que cela implique comme relations diplomatiques et commerciale avec la Phénicie, l’Asie Mineure, la Cyrénaïque, Carthage et surtout la Grèce. Les Deux-Terres sont redevenues une puissance avec laquelle il faut compter.

En réaction nationaliste, les Egyptiens sont tombés fous amoureux de leur propre passé. Les rites religieux sont retravaillés pour retrouver leur pureté originelle. Les oeuvres architecturales, sculptées et littéraires de l’Ancien et du Moyen-Empire sont restaurées et copiées. Les cultes étrangers sont chassés ou taxés. D’immenses ateliers fabriquent à la chaîne des momies d’animaux que les pélerins s’arrachent pour les offrir en ex-voto aux dieux qui ont retrouvé leur faciès zoomorphique original : des chats pour Bastet, des crocodiles pour Sébek, des ibis pour Thot, des faucons pour Horus, etc…

Les rayons X nous apprennent aujourd’hui qu’il y avait souvent tromperie sous les bandelettes mais c’est une autre histoire.

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O.K. Celle-ci est conforme.

Pendant que certains prêtres jouent au guide-interprète pour touristes dans les temples, d’autres inventent carrément l’Egyptologie : Par exemple, ils creusent une galerie dans le flanc de la vieille pyramide à degré de Djeser rien que pour savoir comment elle était faite.
Ici, je cite Jean-Philippe Lauer, architecte et archéologue qui consacra sa carrière à relever le monument en question :

« Ils ont percé un trou pour arriver, au bout de 50 mètres, au sommet du puit au fond duquel se trouvait le caveau. Là, (…) ils ont vidé le puit (…) Ils ont dû ressortir les blocs qui obstruaient le puit sur quelque 28 mètres de profondeur par la galerie qu’ils avaient percée et ça, c’était vraiment du sport. «  (Saqqarah, une vie – ed. Rivages – 1988 – p.214)

A Psammétique 1er succède Nékao II (-610-595). Le dernier siècle ayant largement prouvé que l’Egypte était concernée par tout ce qui se passe en Mésopotamie, que cela lui plaise ou non, Nékao s’efforce d’y jouer un rôle. La disparition de l’Assyrie ayant laissé un vide, il remonte la Palestine et la Syrie jusqu’à Karkémish et s’offre le plaisir de contempler l’Euphrate. Comme Thoutmès III ! Mais c’est une illusion : il a simplement profité du temps nécessaire aux Néo-Babyloniens pour s’organiser.

Nabopolassar envoie son prince héritier, Nabuchodonosor règler l’affaire et cela ne traîne pas. Karkémish est reprise et l’armée égyptienne écrasée à Hamath (-605). Après quoi le vainqueur rentre vite à Babylone car son père vient d’y trépasser. Devenu roi, Nabuchodonosor revient achever le travail mais Nékao le bat près de Gaza, ce qui stabilise la frontière pour un temps.

Par ailleurs, le pharaon se penche sur les affaires maritimes : construction d’une flotte, creusement d’un canal entre un bras du Nil et la Mer Rouge, enfin – et surtout : il commandite des Phéniciens pour réaliser la première circumnavigation de l’Afrique. Un voyage épique de trois ans et treize mille kilomètres. C’est le seul véritable titre de gloire de Nékao II

Vient après lui le court règne de Psammétique II (-595-589). Il se mêla peu des affaires de Palestine mais mena une campagne contre la Nubie avec une armée comportant de nombreux mercenires grecs et cariens – dont on a retrouvé quelques graffitis sur les colosses d’Abou Simbel.

Psammétique II laisse un fils, Apriès (- 589-570) , qui connaîtra bien du malheur.

J’ai parlé plus haut de la période saïte, à voir comme un retour aux valeurs essentielles de la civilisation des Deux-Terres et cela à tous points de vue. Mais ce mouvement a un côté sombre : la naissance d’un nationalisme exacerbé dont sont particulièrement atteints les soldats égyptiens autochtones qui, du coup, vivent à couteaux tirés avec les mercenaires étrangers, grecs mais pas seulement.

Psammétique 1er avait perçu le problème et veillé à ce que ses bataillons-ennemis se côtoyent le moins possible. Gardant les Nationaux dans la région de Saïs, il avait cantonné les mercenaires dans deux forteresses de première ligne, l’une à Naucratis, face à la Libye, l’autre à l’Est, à Daphnae, près de Port-Saïd, pour contrer les Asiatiques.

Quand Apriès est couronné, il est contraint d’agir au plus tôt contre Nabuchodonosor II qui a entrepris de conquérir l’ensemble du couloir syro-palestinien. Il s’est déjà emparé de Sidon et ses troupes assiègent simultanément Jérusalem et le port de Tyr… qu’Apriès s’empresse de ravitailler par mer.

Mais les besoins de sa flotte font que ses troupes de terre sont réduites. Des mercenaires grecs costauds, certes, mais il y en a aussi chez les Babyloniens – et en plus grand nombre. Bref, Jérusalem tombe et l’intervention d’Apriès en Judée se solde par un échec. Celui-ci sera vu par les soldats nationaux comme l’échec des mercenaires. Comme on sait qu’il y en avait dans les deux camps, les rumeurs les plus folles se répandent et l’importante garnison d’Eléphantine se mutine, évoquant pêle-mêle l’incapacité du roi et la molesse suspecte de ces mercenaires qui ont des tas de copains chez l’ennemi, etc…etc.

Le général Nes-Hor finira par calmer le mouvement mais le feu couve toujours.

Il reprend en -570 dans les circonstances suivantes. Des Grecs doriens venus de Sparte, Thera et Rhodes cherchent à implanter une colonie en Cyrénaïque. Les Libyens demandent de l’aide à Apriès qui envoie un corps d’armée composé de Nationaux. Ceux-ci tombent dans une embuscade tendue par les Doriens et sont anéantis. En Egypte le bruit se répandit que Pharaon avait envoyé ses hommes au massacre pour se débarrasser d’officiers égyptiens influents.

Il s’ensuivit un énorme soulèvement. Apriès cru habile de désigner un général très populaire pour traiter avec les rebelles. Issu du peuple, il avait des manières vulgaires et ne détestait pas la bouteille mais s’était couvert de gloire dans l’expédition contre les Nubiens. Il s’appelait Amasis.

Amasis rencontre les mutins… et se laisse convaincre de prendre leur tête pour marcher contre Apriès. Celui-ci, affolé, lui envoie un messager demander une trève. Amasis, sur son cheval, écoute la proposition, soulève une cuisse… et lâche un pet tonitruant :

Voici ma réponse. Porte-la à ton chef.

Dans la bataille qui suivit, les mercenaires furent écrasés par les troupes égyptiennes et Apriès fait prisonnier. Il sera tué plus tard dans une tentative pour reprendre son trône.

Voici donc Amasis (- 570-526) sur le trône et le règne de ce pharaon pour le moins atypique sera le dernier où l’Egypte brillera de tous ses feux. Malgré sa rusticité spectaculaire, il avait le coup d’oeil pour cerner les problèmes et l’énergie pour les résoudre.

La richesse des temples, par exemple, qui leur conférait un énorme pouvoir source de cauchemar pour des douzaines de pharaons au fil des siècles. L’affaire fut réglée en un quart d’heure : les revenus religieux passent à la Couronne ; on en rétrocèdera un peu aux prêtres… s’ils sont bien sages.

Le renouveau nationaliste causait de sérieux troubles entre les soldats et les marchands grecs nombreux dans le Delta. Amasis les confina à Naucratis avec statut d’extraterritorialité et privilèges divers. La ville servit très vite de plaque tournante pour le commerce extérieur et répandit la prospérité aux alentours, préfigurant Alexandrie. On cite souvent Solon qui, comme homme public, joua un grand rôle dans l’éclosion de la démocratie athénienne. Dans le privé, il dirigeait une entreprise d’import-export d’huile d’olives avec Naucratis.

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Amasis. On le nomme parfois Ahmès II et ce n’est pas faux mais il y a l’usage…

Le peuple adorait son pharaon et n’en finissait pas de rapporter telle ou telle anecdote à son propos, comme celle-ci.
Amasis avait connu une jeunesse tumultueuse. On pouvait dire qu’il avait fait les 400-coups, avait connu les tribunaux mais s’en était toujours tiré par une relaxe parce qu’il était beau parleur.
Un jour, devenu pharaon, il convoqua les juges devant lesquels il était passé et les limogea tous… pour NAÏVETE !

Au fil des années, il devenait de plus en plus évident que les Perses de Cyrus montaient en puissance et qu’ils menaçaient tous les peuples environnants. Conscient de la chose, Amasis noua des alliances avec Polycrate, tyran de Samos et Crésus, roi de Lydie et prit même contact avec Babylone. Il entretint aussi les relations les plus amicales avec les cités grecques.
Mais la Lydie s’effondre en – 546, Babylone suit en -539. Si Cyrus meurt en -529, son fils Cambyse affiche le même appétit. Désormais isolée car les cités grecques ne bougent pas, l’Egypte attend l’inéluctable. Amasis ne veut pas voir ça et Osiris, le dieu des morts, lui arrange le coup : il le convoque en -526. Juste à temps.

Psammétique III n’est qu’un éclair dans le temps : dès le printemps -525, Cambyse écrase l’armée egyptienne à Péluse et entre à Memphis. Le voilà maître de l’Egypte.

XXVIIème dynastie Perse – 525-404

« Cambyse avait peu de traits communs avec son père Crésus. C’était un fils-à-Papa caractériel et violent qui a procédé à des déportations en masse, saccagé Thèbes et Memphis et tué de ses mains le taureau Apis, le plus sacré des animaux sacrés. Pour finir, il s’est blessé avec sa propre épée en montant à cheval et est mort de septicémie huit jours plus tard. Bien fait ! ».

Ah, on ne l’a pas gâté, Cambyse. Mais tout ceci, c’est de la propagande développée par les Ptolémées contre les Perses sur le thème du « Voyez : avant nous, c’était pire ».

En réalité, Cambyse était conscient qu’il avait touché là la plus riche de ses satrapies et le joyau de son empire. Encore fallait-il respecter certaines formes pour ne pas heurter ces Egyptiens au nationalisme si sourcilleux.

Il coiffa donc la couronne des Deux-Terres sous le nom de Mestyourê Kampitchet, se fit instruire des devoirs de sa charge vis-à-vis des dieux d’Egypte – ce qui était quand même énorme pour ce monothéiste mazdéen ! – et fit procéder à quelques travaux dans les temples qui en avaient besoin.

A part ça, il renonça à conquérir la Nubie et échoua dans son offensive vers les oasis occidentales. Il aurait perdu une armée entière dans la Mer de Sable et bien des archéologues rèvent aujourd’hui d’en retrouver les traces sous quelque dune.

A Cambyse succède Darius 1er, qui lança quelques grands travaux : désensablement du vieux canal de Nékao, restauration de temples à Busiris et Elkab, nettoyage et purification de divers sites religieux endommagés. Dans la foulée, il procède à des réformes administratives, fait rédiger un code de loi et frapper une monnaie locale.

Darius laissa un bon souvenir aux Egyptiens, ce qui ne les empêcha pas de se révolter à sa mort en -486. Xerxès y met immédiatement le holà et place comme satrape son frère Achaiménès, qui participera à la bataille de Salamine avec 200 vaisseaux deltaïques.

En -466, Xerxès laisse la place à Artaxerxès 1er. C’est le temps où Hérodote joue au touriste-reporter sur place et rédige son livre II « Euterpe » consacré intégralement à l’Egypte. Un incontournable, les gars !

En -424, Darius II règne à son tour mais l’empire entre dans son déclin et tout le monde s’en rend plus ou moins compte. A la mort du roi, en -405, l’Egypte se soulève et nomme pharaon un prince de Saïs du nom d’Amyrtaios. Il ne règne que 6 ans et forme à lui seul la XXVIIIème dynastie.

Un certain Nefâaouroud (Néphéritès pour les Grecs) ouvre la XXIXème dynastie et fait alliance avec Sparte contre l’envoi de 20.000 mercenaires grecs pour tenir ses frontières (-396). La prospérité égyptienne semble retrouvée. Elle se confirme avec ses successeurs Psamouthis et Haker (Achoris en grec). Arts, sciences et belles-lettres florissent, les temples débordent d’offrandes et la population vaque paisiblement à ses travaux.

Mais en -385, les Perses délivrés du front grec par le traité d’Antalcidas se retournent contre l’Egypte. Achoris, bien préparé, résiste d’autant mieux que la tentative perse se combine avec une autre pour reprendre Chypre. Cette campagne, qui dure jusqu’en -373, est si riche en péripéties tactiques et diplomatiques qu’elle mériterait un traitement à part. Je n’en dirai ici que ce fut, pour les Perses, une victoire à Chypre mais un désastre en Egypte.

Dans l’entretemps s’était ouverte une XXXème dynastie avec Nekhthorheb (Nectanébo 1er), -380-362. Riche du prestige acquis par sa victoire, il pèse lourd sur le théâtre méditerranéen et peut envisager l’avenir avec confiance. L’empire perse semble partir à la dérive. Sous le règne falot d’Artaxerxès II, de nombreuses satrapies prennent leur distance avec la cour de Suse et se muent en états indépendants. A la mort de Nectanébo, son fils Tachos passe à l’action. Il monte une expédition d’envergure et envahit Judée et Phénicie comme à la grande époque. Tout semble lui sourire… mais une révolution de palais le dépose et les forces égyptiennes refluent.

http://realhistoryww.com/world_history/ancient/Images_Egypt/Egypt_Nectanebo_IIa.jpg

Le nouveau roi, Nectanébo II, n’a pas les qualités militaires de ses trois prédécesseurs et c’est dommage car en face, la Perse sort graduellement de la crise sous l’impulsion énergique d’Artaxerxès III Ochos. Celui-ci fait une tentative sur le Delta en -351 et se fait sévèrement repousser. L’écho de cet échec éveille des espoirs dans les régions récemment soumises et se concrétisent en révoltes en Phénicie, en Cilicie et ailleurs. S’il était intervenu de tout son poids, peut-être Nectanébo II aurait-il pu souffler l’empire à Alexandre (alors âgé de 5 ans) mais il se borna à fournir un renfort de quelques milliers d’hommes qui n’obtinrent aucun résultat. Artaxerxès surmonta la crise et, en -343, récupéra l’Egypte.

Kheperkarê Nechtnebef, dit Nectanébo II, le dernier des pharaons égyptiens, se réfugia en Nubie où il mourut peu après. Fin de l’histoire.

Nous sommes douze ans avant Gaugamèles.

Cette chronologie propre à l’Egypte antique s’achève ici. Par la suite, son histoire se confond avec celle de ses divers occupants, macédoniens, romains, arabes…

Pour ceux qui seraient curieux d’en voir la suite, c’est ici que cela continue.

Bibliographie :

Histoire de l’Egypte Ancienne – Nicolas Grimal, ed. Fayard, Paris 1988
La Civilisation Egyptienne – Erman & Ranke, ed. Plon, 1963
Les Momies – Ange-Pierre Leca, ed. Hachette, Paris 1978
L’Egypte Ancienne – Arne Eggebrecht, ed. Bordas, Paris 1986
Les Pharaons – tome1 Le temps des pyramides
tome2 L’empire des conquérants – Direct. Jean Leclant, ed. Gallimard, Paris 1978
Les Egyptiennes – Chistian Jacq, ed. Perrin, Paris 1996

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A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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