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    TROISIEME PERIODE INTERMEDIAIRE (- 1069 – 672)

    XXIème dynastie. Tanite (-1069-945)

    Le domaine royal que reprend Smendès est limité au seul Delta augmenté d’un petit tronçon de vallée avec Memphis. Le Sud, centré sur Thèbes, est désormais l’apanage des prêtres d’Amon mais ceux-ci se gardent bien de coiffer une quelconque couronne. Il s’ensuit une idéologie rappelant un peu notre Moyen-Äge avec son double pouvoir : sprituel pour les papes, temporel pour les rois.

    Smendès siège dans un premier temps à Pi-Ramsès mais la situation de la ville se déteriore. La branche du Nil qui l’arrosait s’ensable et tourne en bras mort où pullulent les moustiques à malaria. Le roi entame à peu de distance la construction d’une nouvelle capitale, Tanis.

    Dans le Sud, c’est toujours la foire aux voleurs dans la nécropole thébaine. Découragés, les gardiens de la Vallée des Rois déménagent les momies royales et en empilent quarante – dont Ramsès II et Thoutmès III – dans une cachette où Emile Brugsch les retrouvera en 1881.

    Sous les successeurs de Smendès se poursuit le transfert de Pi-Ramsès vers Tanis. Des temples entiers, statues colossales de Ramsès II comprises, sont démontés, transportés, reconstruits. Des bosseurs, ces Egyptiens ! Des farceurs aussi  car les historiens ont mis un temps fou à comprendre les événements. Pensez donc, Pi-Ramsès introuvable et Tanis couverte de monuments à la gloire de Ramsès II alors qu’il est prouvé qu’elle n’existait pas à son époque !

    Pour cette XXIème dynastie, il convient d’épingler Psousennès 1er, dont le tombeau fut retrouvé inviolé par Pierre Montet au début de 1940. Etant donné l’actualité, cette trouvaille passa beaucoup plus inapercue que celle de Toutânkhamon. Elle révéla pourtant bien des trésors, dont un masque en or et un sarcophage en argent massif .

    http://louxor-egypte.e-monsite.com/medias/images/49359305psousennes-1-jpg.jpg
    Psousennès 1er. Son masque funéraire vaut bien celui de Toutânkhamon.

    XXIIème dynastie. Libyenne (- 945-746)

    En -945, un Libyen, issu d’une famille installée dans le Delta depuis 150 ans, devient pharaon sous le nom de Sheshonk 1er et fixe sa capitale à Bubastis, partie sud-est du Delta. Rien de violent : il était le gendre du dernier roi de la XXIème, Psousennès II et commandait ses armées.

    L’événement de son règne fut l’invasion de la Palestine et de la Syrie comme au bon vieux temps. La Bible en parle sous le son de Shishak, qui aurait marché sur Jérusalem et n’accepta de se retirer qu’en échange des trésors du temple et du trône. De son côté, Sheshonk confirme la chose sur le mur extérieur de la grande salle hypostyle du temple de Karnak. Il y détaille la prise de 156 villes de Palestine entre la frontière sud de Judée et le Nord de la Galilée.
    NB. Cet épisode a servi de base au scénario des Aventuriers de l’Arche Perdue.

    Et les règnes s’égrènent, Osorkon 1er, Sheshonk II,… Sous Osorkon II (- 874-850), la montée en puisssance des Assyriens commence à inquiéter. Assurnasirpal II s’est emparé du Nord de la Mésopotamie et du moyen-Euphrate. Son fils Salmanazar III aborde la Syrie et la côte d’Amourrou. Paniqués, les royaumes d’Hamath, Damas et Israël montent une alliance à laquelle s’adjoint Byblos et l’Egypte, mais Osorkon II, quelque peu négligent ou pris au dépourvu, n’expédie que 1000 hommes. C’est la bataille de Qarqar, sur l’Oronte. Les Assyriens sont vainqueurs mais ne peuvent exploiter leur succès : une guerre civile vient d’éclater et Salmanazar sonne le repli.

    Le reflux assyrien va se prolonger un siècle : C’est le temps qu’ils mettront à contenir l’Ourartou, un petit royaume issu de l’ex-empire hittite et dont se réclament encore aujourd’hui les Arméniens.

    http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Dynastie%2021-31/Karomama%201b.jpg
    Ces vicissitudes ne doivent pas faire oublier que la décadence ne touche en rien la qualité des productions artistiques. Sculpteurs et orfèvres continuent à faire merveille. Voyez cette statuette bronze-or-argent de Karomama, divine adoratrice d’Amon.

    La XXIIème dynastie finit dans un désordre politique que les historiens ont du mal à démêler. Il semble que les pharaons aient agi « à la mérovingienne » en laissant leur domaine se fragmenter entre plusieurs branches cadettes.

    Tandis que Takelot II règne à Tanis, son demi-frère Nimlot s’établit à Hérakléopolis. Un certain Petoubastis installe sa propre dynastie, la XXIIIème, à Leontopolis dans le Delta alors qu’un autre Nimlot est couronné à Hermopolis, en Moyenne-Egypte. Dans le Delta encore, la ville de Saïs prend du poids avec Tefnakht, un ambitieux qui fonde la XXIVème dynastie et ne cache pas ses ambitions réunificatrices..

    Des Libyens tout ça, et tous cousins ou neveux à des degrés divers et s’entendant plus ou moins bien mais vous voyez la pagaille. La déesse féline Bastet, patronne de Bubastis, n’y retrouverait pas ses chatons. Et cela ne s’arrange pas côté Sud car tous ces potentats ont leurs entrées à Thèbes où ils intriguent pour faire élire « leur » candidat à la Grande-Prêtrise en échange d’ajouts aux temples de Karnak et Louxor.

    De plus en plus inquiet, le clergé d’Amon se cherche un allié et le trouve 1300 km plus au Sud.

    En Nubie profonde – si profonde qu’on parle même d’Ethiopie quoique cela soit exagéré – s’est développé un royaume autochtone centré sur la ville de Napata, non loin de la quatrième cataracte.. Son roi se nomme Piânkhy. Egyptianisé jusqu’au bout des ongles, il ne connaît qu’un dieu : Amon et brûle de voler à son secours.. .

    Piânkhy en a les moyens. Son armée devait ressembler à celles des pharaons de la grande époque, qui comprenaient toujours de forts détachements nubiens – souvenez-vous des Medjaiou ; les mines d’or du désert d’Ikaïta fournissaient des richesses en abondance et le commerce avec l’Egypte lui apportait toutes les matières premières nécessaires et jusqu’au luxe de la vie égyptienne..

    Les prêtres lui envoyent un message lui affirmant que Tefnakht de Saïs s’est allié avec Nimlod d’Hermopolis et marchait sur Thèbes. Piânkhy leur répond de déclarer l’état de guerre, de lever le plus d’hommes possible et de tenir les positions : il arrive.

    Piânkhy se moque pas mal des roitelets du Nord et ne voit qu’une chose, Thèbes, la ville sainte d’Amon, est en danger. Devant ses troupes rassemblées, il déclare :
    « Ne vous attardez ni de jour ni de nuit et combattez à vue. Imposez le combat à l’ennemi car c’est Amon qui vous envoie. Lorsque vous arriverez à Thèbes, baptisez-vous dans la rivière sacrée. Devant les autels d’Amon, aspergez-vous d’eau lustrale et prosternez-vous en disant : » Amon, montre-nous le chemin, que nous combattions à l’ombre de ton épée »

    Il y a du croisé dans cet homme-là.

    Les vaisseaux de l’armée éthiopienne descendent le Nil, dépassent Thèbes et défont la flotte de Tefnakht. Ils poursuivent jusqu’à Hérakléopolis où ils retrouvent le même Tefnakht à la tête d’une coalition rassemblant les rois Nimlod d’Hermopolis, Ioupout de Leontopolis, Osorkon de Bubastis ainsi que les princes de Busiris et de Mendès.
    Au terme d’une furieuse bataille, les confédérés du Nord sont défaits et battent en retraite. Nimlod, quant à lui se retranche dans sa ville d’Hermopolis. Les Ethiopiens en entament le siège mais celui-ci s’éternise.

    Piânkhy, resté à Napata, s’énerve et accourt. Hermopolis se rend. Il visite la ville en compagnie de Nimlod, le roi vaincu. Pénétrant dans une écurie, il constate que les chevaux ont souffert de la faim pendant le siège. Il dit : »Nimlod, aussi vrai qu’Amon m’aime, je ressens plus de douleur devant ces chevaux affamés que devant tous les autres torts que tu m’as causés ! ».

    C’était son style. Quand une ville se fermait à son approche, il leur livrait ce message :

    « O êtres stupides, misérables et cherchant votre propre perte, s’il s’écoule une heure avant que vous ne m’ouvriez ces portes, vous êtes des hommes morts, ce qui me serait douloureux ».

    Cela marcha partout, sauf à Memphis. La ville fut prise d’assaut et le massacre, paraît-il, épouvantable. Après quoi, Piânkhy présenta ses hommages au dieu Ptah, réinstalla les prêtres, fit enterrer les morts et… nettoyer la ville. Il était comme çà, Piânkhy.

    La conquête terminée, il reçoit les remerciements du clergé d’Amon – auquel il laisse la plus grande partie des richesses raflées au cours de sa campagne ainsi que son petit-fils Shabaka comme chef des armées – et rentre chez lui.

    Notez que le Pharaon en titre – le vrai – est toujours Osorkon III de la XXIIIème dynastie, qu’on a laissé complètement en dehors de l’affaire vu qu’il ne dérangeait personne.

    Finalement, le petit-fils de Piânkhy se fait couronner sous le nom de Shabaka, premier pharaon de la XXVème dynastie, qualifiée de nubienne comme vous vous en doutez.

    XXVème dynastie Nubienne – 746-656

    Shabaka récupère très vite l’ensemble des Deux-Terres mais laisse quelques pouvoirs féodaux aux familles princières du Delta. Elles se détestent tellement entre elles qu’elles ne sont plus un danger. Pour l’instant.

    Le danger, justement, il vient de ces Assyriens dont on connaît les abominables moeurs guerrières. Comme ils sont médiocres administrateurs, ils sont bien obligés de s’appuyer sur les notables des villes dont ils s’emparent. Ceux-ci se rebellent à la première occasion, d’où retour des gueules casquées qui se cherchent d’autres administrateurs flirtant à leur tour avec la révolte, etc… On voit ça partout : Elam, Ourartou, Babylone et ailleurs. Ce cycle infernal les occupe loin de l’Egypte et c’est tout ce qui compte. D’ailleurs, Pharaon finance en sous-main tout ce qui pourraît, dans le couloir syro-palestinien, faire obstacle à ces sanguinaires-là.

    Une de ces villes, Asdod, au Nord d’Askalon (et donc à deux pas du Delta), se rebelle sous la conduite de son prince Iamâni. Ce dernier, battu, se réfugie à la cour memphite. Shabaka, qui ne veut pas d’histoires avec le terrible Sargon II, le livre enchaîné à ses émissaires.

    Même pour un pharaon, cela s’appelle « se déculotter ».

    C’est vraiment honteux que… Un minute, j’ai un E-mail. Je vous le livre :

    « Jeune homme, vous n’y connaissez rien et vos commentaires ont fait se retourner ma vieille momie dans son sarcophage. Ne mélangeons pas morale et politique. Si j’ai financé les roitelets syro-palestiniens, ce n’était pas pour leurs beaux yeux. C’était le meilleur moyen d’user la bande à Sargon sans trop de risques. Je me fiche du sort de ces misérables cités comme de la première poupée d’Hatshepsout. Elles me servent juste de fusibles.
    L’épisode Iamâni, pour pénible qu’il soit, m’a permis de nouer des liens diplomatiques avec Ninive et j’y ai gagné quinze années de paix . Cela pèse plus lourd qu’un petit prince philistin, non ?
    D’ailleurs, je n’avais pas le choix. Si Sargon s’était approché, les princes de Delta auraient aussitôt passé dans son camp, rien que pour le plaisir de me contrarier.
    Méditez cela, mon ami.

    (s) Neferkarê SHABAKA, nécropole royale d’El Kourou (Nubie) 3ème droite en entrant. »

    Heu… bon. Je continue.

    Le pharaon suivant, Shabataka, paraît plus pugnace. A la mort de Sargon II, en -704, éclatent comme d’habitude des troubles de succession ; comme d’habitude, les Etats syro-palestiniens croient pouvoir en profiter ; comme d’habitude, le nouveau roi – Sennachérib – les écrase (bataille d’Eltekeh) et entreprend le siège de Jérusalem.

    Cette fois, l’Egypte envoie une armée de secours sous le commandement de Taharka, le frère du roi. La nouvelle s’en répand. Du haut des murs, le roi Ezéchias cherche à négocier avec Sennachérib qui hausse les épaules :

    ”En qui donc mets-tu ta confiance pour t’être révolté contre moi ? Voici que tu comptes sur ce roseau brisé, l’Egypte, qui pénètre et perce la main de qui s’appuie sur lui. Tel est Pharaon, roi d’Egypte, pour tous ceux qui se fient à lui »

    Comme pour lui donner raison, Taharka, qui a pris la mesure de la situation, ordonne le repli. Ezéchias dépité demande son pardon et Sennachérib, qui a bien ri, le lui accorde.

    En -690, nous retrouvons Taharka, mais comme pharaon cette fois. Le début de son règne est tranquille. Sennachérib s’est détourné vers l’Est et guerroye contre l’Elam et Babylone avant de se faire assassiner en -681. Assarhaddon lui succède et est immédiatement obligé de faire le ménage à coups de cadavres comme c’est la coutume dans les successions à l’assyrienne. En -671, il descend vers Askalon révoltée mais les Egyptiens s’interposent et les Assyriens doivent battre en retraite.

    Trois ans plus tard, Assarhaddon revient, bat l’armée de Taharka et s’empare de Memphis. Il raconte :
    «  je m’emparai de Mempi (sic) en une demi-journée. La reine du pharaon, les femmes de son palais, le prince héritier, ses autres enfants, ses chevaux, son bétail, je les emmenai en Assyrie comme butin… Partout en Egypte, je nommai d’autres rois, des gouverneurs, des officiers, des fonctionnaires… »

    Taharka s’étant réfugié dans le Sud, les Assyriens sont miel et sucre pour ses rivaux du Delta et tout particulièrement la dynastie saïte issue de Tefnakht. Après le reflux d’Assarhaddon, Taharka fomente des troubles dans le Nord et en récupère une bonne partie. Assourbanipal, qui vient de succèder à son père envoie un corps expéditionnaire qui bat une nouvelle fois Taharka et s’efforce, cette fois, de le poursuivre. Les Assyriens remontent ainsi jusqu’à Eléphantine, recevant au passage la soumission de Thèbes, mais renoncent à marcher jusqu’à Napata.

    http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Dynastie%2021-31/Taharqa%201.jpg
    Taharka ne manquait pas de bonnes raisons pour prier…

    Après avoir établi des princes à leur solde partout où c’était possible, les hommes d’Assourbanipal quittent l’Egypte : de nouvelles révoltes les attendent à l’autre bout de l’empire. Routine.

    Taharka meurt en -664. Son cousin Tantamani(ou Tanoutamon) lui succède et décide d’agir à la Piânkhy en récupérant les Deux-Terres dans leur intégralité. Une nouvelle croisade !

    En quelques mois, il atteint le Delta où il écrase tous ses opposants. Son triomphe est total mais de courte durée. Assourbanipal revient avec ses armées et cette fois, les Assyriens sont de très mauvaise humeur : Memphis est reprise, Thèbes suit et l’inconcevable se produit  : la ville d’Amon est mise à sac, ravagée, pillée. Des douzaines de vaisseaux surchargés d’or descendent le fleuve en direction de l’Assyrie.

    Ainsi disparurent, en -663, les trésors accumulés dans les temples par chaque pharaon depuis les temps lointains du Moyen-Empire.

    Quittant l’Egypte et cette fois pour de bon – Ninive disparaîtra 51 ans plus tard, les Assyriens confient l’administration de l’Egypte à leur meilleur allié, le prince de Saïs, Nekao. Avec lui commence la XXVIème dynastie, dite « Renaissance saïte ».

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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