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    NOUVEL EMPIRE (Thébain) – 1552-1069

    XVIIIème dynastie

    Cette dynastie, la plus brillante de toutes, comporte quinze pharaons. Impossible de l’évoquer dans son ensemble, une bibliothèque n’y suffirait pas et ceci n’est, après tout, qu’une chronologie plus ou moins étoffée. C’est l’apogée de la civilisation égyptienne sur le plan des arts, de l’architecture, du rayonnement culturel et de la puissance militaire. Tout pourraît laisser supposer qu’il y en aurait pour des siècles de stabilité.
    Pourtant, cette dynastie sera littéralement « tuée » par la consanguinité systématique des souverains qui la composent.

    Nous avons vu plus haut comment Ahmès a libéré les Deux-Terres des Hyksôs et repoussé les frontières vers le Nord jusqu’à l’Euphrate et vers le Sud jusqu’à la deuxième cataracte. Sans vouloir nier son mérite, il faut tout de même préciser qu’il a eu de la chance : aucune puissance réellement dangereuse ne pouvait s’opposer à lui. Le couloir syro-palestinien pratiquait un système de cités-etats aux forces très dispersées et ce n’étaient pas les quelques tribus de pasteurs nomades qui pouvaient arrêter la charrerie égyptienne. Quant au Mitanni, il vient à peine d’émerger sous la forme d’une confédération de cités à vocation essentiellement défensive.

    Rien d’étonnant donc à ce que les quatre règnes qui suivent celui d’Ahmès – Amenhotep Ier, Thoutmès Ier, Thoutmès II et Hatshepsout – soient plutôt pacifiques. On compte pour les trois premiers une expédition en Nubie et une autre dans le « Naharina », la Syrie du Nord. Cela n’est pas la guerre, au mieux une tournée de perception d’ impôts.

    En -1478, Thoutmès II trépasse et sa soeur Hatshepsout se désigne comme régente le temps de la minorité de Thoutmès III. Deux ans plus tard, elle change d’avis et coiffe la couronne des Deux-Terres, le fameux « pschent ». Un règne pacifique à cent pour cent. Au sommaire : une grande prospérité, de nombreuses constructions, quelques obélisques et une expédition à Pount soigneusement détaillée sur les murs de son tombeau de Deir-el-Bahari. La précision des bas-reliefs est telle qu’on a pu reconstruire un de ces vaisseaux et l’essayer.

    http://www.bartier.fr/chronologie/04_fichiers/nav_com_anc_egypt.jpg
    Il faut admettre qu’en dépit de leur allure altière, leur conception reste fluviale : ce sont de vraies coquilles de noix incapables de supporter la moindre houle. Le chef de l’expédition, l’amiral Néhési, a eu bien du mérite !

    Mais les bataillons égyptiens sont restés l’arme au pied vingt années durant et cela a donné des idées aux cités nord-syriennes qui se tournent vers les Mitanniens. Ceux-ci ne demandent pas mieux que d’intervenir mais, prudents, cherchent dans un premier temps à instaurer l’instabilité au Sud de l’Euphrate et user ainsi les forces égyptiennes dans un régime de révoltes locales à répétition.

    Mais là, il vont avoir affaire à Thoutmès III, récemment (-1457) libéré de la tutelle de sa belle-mère. Et là, je ne peux mieux faire que vous renvoyer au dossier sur ses campagnes réalisé par notre ami Jeremieds.
    http://www.strategietotale.com/forum/21-les-guerres-en-mesopotamie-et-en-egypte/70228-dossier-les-campagnes-et-le-regne-de-thoutmosis-3

    http://img.over-blog.com/352×500/1/88/50/55/Mes-images-5/Carte-Syrie-Palestine–Valbelle-.jpg

    Je passe donc aux deux règnes suivants :Amenhotep II et Thoutmès IV. Le premier, un grand costaud qui affirmait être le seul à pouvoir tendre son arc, se heurte à son tour aux Mitanniens. La fin de sa campagne est contradictoire : d’une part, son armée ramène beaucoup de butin, mais il semble qu’il ait perdu la région comprise entre l’Oronte et l’Euphrate. On n’en sait pas plus mais on « sent » que les belligérants sont fatigués et qu’ils cherchent un modus vivendi.

    Du reste, le Mitanni a d’autres problèmes. Les Assyriens, théoriquement vassaux, ne sont pas des voisins de tout repos et les Hittites, toujours occupés en Anatolie, déployent d’inquiétantes capacités militaires.

    Bref, Thoutmès IV et Artatama Ier de Mitanni nouent de bonnes relations et il ne sera plus jamais question de conflits entre les deux empires.

    Il faut dire que nous, esprits du 21ème siècle, sommes très influencés par notre propre histoire récente où il n’est question que de guerres au finish, de redditions sans conditions et de quête de la victoire totale, fut-ce au prix d’un désastre atomique.
    Ces conflits d’il y a 3500 ans ne tendent pas vers des objectifs aussi radicaux. On se bat, et parfois durement, mais sans remettre fondamentalement en cause l’existence même de l’adversaire.

    L’Egypte et le Mitanni – comme plus tard l’Egypte et les Hittites, sont comme deux fauves convoitant la même proie. L’altercation peut être musclée, voire sanglante, mais ne va jamais jusqu’à la suppression physique du concurrent. Autrement dit, Mitanniens et plus tard Hittites n’envisageront pas plus une conquête de l’Egypte que les pharaons ne rêveront d’aller prendre des rhumes dans les montagnes humides de Haute-Mésopotamie. Ce qu’on se dispute, c’est le couloir syro-palestinien, à la fois indispensable glacis défensif et source de gros revenus en matières premières et objets manufacturés.

    A ce jeu, le règne d’ Amenhotep III marque le sommet de la prééminence des Deux-Terres. Son nom est attesté sur des myriades d’objets trouvés dans les fouilles de Crète, d’Anatolie, de Grèce mycénienne, d’Assyrie et du Yemen. La pacotille égyptienne inonde le Proche-Orient. Sa pharmacopée aussi. La vallée compose remèdes, onguents et talismans qu’on s’arrache sur tous les marchés du monde connu.

    La richesse est partout et les classes dirigeantes thébaines et memphites vivent une dolce vita avant la lettre. La vie quotidienne atteint des degrés de raffinement inouïs.
    En dehors d’une brève tournée militaire destinée à montrer que le petit nouveau a de la branche, Amenhotep III ne connaîtra que la paix et couvrira la vallée, Nubie comprise, de tant de monuments qu’il est, après Ramsès II dont il sera le modèle, le plus grand bâtisseur de l’histoire des Deux-Terres. Pour la politique étrangère, les messages ont succédé aux armes et chaque roi de Mitanni lui offrira une de ses filles pour épouse. Les maîtres de Babylone feront pareil.

    http://www.bbc.co.uk/history/ancient/egyptians/images/women_tiy_statue.jpg
    La Grande Epouse Royale Tiy, pas du genre qu’on aime à contredire.

    Des épouses secondaires évidemment, car il y a l’omniprésente Tiy, « Grande Epouse Royale », une forte personnalité, mère du futur Akhenaton et qui, flanquée de sa puissante famille, jouera un rôle politique et religieux considérable tout au long du règne. Un règne ? Un âge d’or plutôt, de -1390 à -1352, mais qui passera le temps d’un éclair car l’essentiel est ailleurs. Plus au Nord.

    D’abord, le Mitanni connaît des troubles internes. Roi assassinés, usurpateurs, retour à la lignée légitime,… cela n’arrête plus.
    En plus, les Hittites en ont terminé avec leurs problèmes anatoliens. Suppilouliouma (-1382-1342) monte sur le trône, constate qu’il a désormais les mains libres et arrache le Nord de la Syrie aux Mitanniens. Les alliés égyptiens laissent faire. Grosse erreur.

    Ce n’est pas tout. Le prince de Kadesch cherche à s’établir en état indépendant en compagnie de cités voisines. Son collègue d’Amourrou,sur la côte nord de la Syrie, vise ouvertement à s’emparer des ports du nord-Liban. Les armées égyptiennes pourraîent réagir avec la plus grande vigueur ; elles en ont les moyens mais là encore, Pharaon ne moufte pas au grand dam de sa crédibilité internationale.

    Il faut dire qu’Amenhotep III, vieux et malade, a déjà un pied dans le sarcophage. On suppute que ces problèmes seront réglés par son successeur, le jeune Amenhotep IV.

    Je n’affirmerai pas qu’Amenhotep IV, bientôt Akhenaton (- 1352-1337)fut le pharaon le plus lamentable de l’histoire d’Egypte mais c’est à coup sûr celui qui aura fait le plus de dégâts. Obsédé par sa chimère atonienne, il a fermé les temples et provoqué par là une profonde crise économique du fait de leur rôle dans la circulation des biens. Son administration archi-centralisée dans ce trou perdu qu’était sa nouvelle capitale Akhetaton ne pouvait pas fonctionner. Et pour la gestion de l’Empire, inertie totale ! On a retrouvé des centaines de suppliques de princes syriens fidèles implorant de l’aide contre les Hittites de plus en plus menaçants : on ne s’est même pas donné la peine de leur répondre.

    http://3.bp.blogspot.com/_V1FHbuG8JbY/Stc3-foUhfI/AAAAAAAAADI/PkV_D4AF3C0/s320/akhenaton.jpg
    Akhénaton : zéro pointé pour avoir voulu réformer son royaume millénaire du haut de son petit nuage.

    Alors, ce culte d’Aton plus ou moins monothéiste, la divine beauté de Nefertiti, les scènes familiales tracées dans un style se voulant délivré des conventions, les rapports réels ou supposés entre des personnages dont on ne sait pratiquement rien à part leur nom, je les laisse aux amateurs d’histoire-fiction. Il y a de la bonne matière à romans.

    Mais le fait est qu’à la fin de ce règne, il ne reste plus grand’chose de l’empire créé par les Thoutmosides.

    Glissons sur le bref passage de Semenkhârê, qui n’est qu’une ombre. La crise économique est partout, flanquée de son petit frère pervers la corruption ; l’administration nulle part. ; la capitale au diable vauvert, la population profondément troublée et les militaires verts de rage.

    Un enfant de douze ans aurait compris qu’il fallait arrêter cette folie et c’est précisément l’âge de Toutânkhamon (- 1336-1327) quand il prend cette décision dans la troisième année de son court règne.

    Les inconditionnels d’Akhénaton ont parlé de « faiblesse devant le clergé thébain » et gna-gna-gna mais je demande à voir : les pressions ont dû plutôt venir de la cour amarnienne où il se trouvait quand il décida d’abandonner la ville et le fait qu’il conserva ses deux titulatures – Toutânkhamon ET Toutânkhaton – laisse supposer une volonté d’apaisement plutôt que l’esprit revenchard des prêtres d’Amon.

    D’ailleurs, après avoir quitté Amarna-Akhetaton, il séjournera le plus souvent à Memphis (on y a retrouvé la tombe de sa nourrice) certainement pour s’éloigner de l’encombrant clergé d’Amon. Ses successeurs feront pareil.

    Pauvre Toutânkhamon ! Mort à 19 ans d’une scepticémie consécutive à une fracture ouverte du genou. Des romantiques ont voulu y voir une blessure de guerre ou un accident de char mais, comme il était affligé d’un pied douloureusement difforme et ne pouvait marcher qu’avec une canne, il est peut-être bêtement tombé des escaliers ! On ne le saura jamais.

    Avec lui s’éteint la lignée d’Ahmès et la question de sa succession se pose. On parle d’Ay, un haut-fonctionnaire ayant commencé sa carrière sous Amenhotep III dont il était peut-être un neveu mais cela implique qu’il épouse une fille royale. La reine veuve Ankhesenamon ne veut pas en entendre parler et c’est là qu’une idée folle lui vient. Elle écrit au souverain hittite Souppilouliouma : ” On veut me marier à un serviteur. Envoie-moi un de tes fils, je l’épouserai et nous règnerons ensemble“.

    Le roi hittite ne se le fait pas répéter deux fois et lui expédie le prince Zannanzach. Dans l’entretemps, l’intrigue avait été percée à jour et le jeune homme se fit tuer au cours du voyage. En représaille, Souppilouliouma s’empare de Kadesch que les Egyptiens du général Horemheb venait tout juste de récupérer.

    Ay épousa Ankhesenamon dont nous perdons la trace aussitôt après. Quant au “serviteur”, il n’occupa le trône que 4 ans.

    Et c’est Horemheb – général en chef des armées de Toutânkhamon, diplomate et ministre – qui lui succède pour 27 ans (- 1323-1296). Quand j’ai évoqué, un peu plus haut, les militaires verts de rage devant l’inertie d’Akhenaton, c’est surtout à lui que je pensais. Il mit toute son énergie à gommer l’épisode atonien et restaurer la situation antérieure. Tandis qu’il fait systématiquement marteler les images d’Akhenaton et de son dieu solaire, il légifère en force contre la corruption, les dénis de justice et l’inefficacité de l’administration. Cette dernière devient largement régionalisée avec deux vizirs nommés (ce terme ottoman s’est imposé ; les Egyptiens disaient tjaty) , l’un pour le Nord, l’autre pour le Sud. L’armée est réorganisée sur le même modèle.

    Il construit beaucoup en répartissant ses chantiers sur l’ensemble des cultes de la vallée, mais avec un accent particulier pour Thèbes où il bâtit les 9ème et 10ème pylônes de Karnak. Il en a profité pour se faire plaisir : ces pylônes ont besoin d’un remplissage de blocs de pierre. Il les fait bourrer avec des éléments récupérés sur le palais amarnien d’Akhenaton !

    http://www.akhet.co.uk/luxor/tal1.jpg
    NB. Ces blocs appelés “talatates” peints et sculptés forment aujourd’hui le plus grand puzzle du monde : des milliers de pièces de 50 kgs.

    Sentant venir sa fin et n’ayant pas d’enfant, Horemheb se choisit comme successeur un officier originaire du Delta oriental, vieux compagnon d’armes dont il avait déjà fait son vizir du Nord : Ramsès. Avec lui commence la XIXème dynastie.

    XIXème dynastie (encore « thébaine » mais… le moins possible )

    Ramsès Ier, d’un certain âge déjà, semble avoir immédiatement associé au trône son fils Sethi pour des domaines relevant de la politique extérieure et l’armée. Il fut bien inspiré car il mourut après seulement deux ans de règne.

    Sur le plan intérieur, Sethi Ier poursuit la politique lancée par Horemheb : ménager l’encombrant clergé d’Amon en finançant des agrandissements à Karnak mais en résidant dans le Nord sous l’égide de ses dieux traditionnels Rê, Ptah… et Seth, naguère considéré plus ou moins comme le diable mais désormais traité avec la considération due à une divinité guerrière tournée vers les terres étrangères.

    Et d’ailleurs la grande oeuvre de Sethi est une reprise en main du couloir asiatique de l’Empire. Et il a de quoi faire : toute la Palestine est hostile aux Egyptiens qui ne conservent que les trois places fortes de Bethsan, Reheb et Megiddo.

    En trois campagnes, il restaure l’autorité des Deux-Terres jusqu’à Kadesch en neutralisant systématiquement les cités pouvant lui résister.

    Ses forces semblent divisées en corps d’armée indépendants et munis de tout le matériel nécessaire, un peu à l’instar des futures légions romaines. Ainsi Sethi peut-il leur assigner des missions différentes dans le cadre d’un mouvement stratégique. Au cours de sa première campagne, on voit les divisions Amon et Seth marcher respectivement sur les cités d’Hamoth et de Yenoam tandis que la division Rê dégage Bethsan assiègée par une fédération de tribus. Après quoi, les Egyptiens se regroupent pour attaquer et prendre, forces réunies, les ports d’Acre et de Tyr.

    Une 4ème campagne l’oppose directement aux Hittites autour de Kadesch mais l’issue en est indécise. Cette guerre-là sera rude, aussi les belligérants conviennent-ils d’une trève pour se préparer. « On se reverra… ».

    Sethi se fit construire l’un des plus beaux et des plus grands tombeaux de la Vallée des Rois. Il est fermé au public mais il a été remarquablement reconstitué dans le jeu “Egypte-
    1156 av.J.-C. – L’énigme de la tombe royale”.

    http://www.egyptos.net/img/pharaon/Pharoah_Seti_I_-_His_mummy_-_by_Emil_Brugsch_(1842-1930).jpg
    Quant à sa momie, elle est, et de loin, la mieux conservée que l’on possède encore.

    Sethi s’éteint après quatorze ans d’un règne brillant en -1279. C’est l’heure de Ramsès II.

    Impossible de le traiter dans ce cadre restreint. Evoquons brièvement : la reprise des hostilités avec les Hittites ; la célèbre bataille de Kadesch qui l’oppose à Muwatalli ; le traité qu’il signa avec son frère et successeur Hattousili III ; la construction d’une nouvelle capitale – Pi-Ramsès « la maison de Ramsès » – dans le Delta oriental et la multiplicité de ses constructions où il exprime un subtil équilibre entre Amon, Rê, Seth et Ptah.

    (A propos de ce dernier, son temple principal situé à Memphis porte pour nom « le palais du double de Ptah », en égyptien : Hat-ka-Ptah, d’où nous vient « Egypte ».)

    Ramsès II a bien gagné son pari de dépasser en constructions diverses les réalisation d’Amenhotep III, qu’il s’était donné pour modèle.

    Mais son trop long règne (66 ans) implique automatiquement des difficultés successorales. Il aura momifié, au cours de sa vie, douze princes héritiers dont Khâemouaset, saint patron des égyptologues pour avoir consacré une bonne part de sa vie à restaurer les bâtiments anciens dégradés par le temps.

    A la disparition de Ramsès II en -1213, c’est Merenptah, déjà vieillissant, qui lui succède pour dix ans. Il livre du blé aux Hittites menacés de famine, monte une expédition contre Ascalon et Israël – dont c’est la première mention historique – et surtout : écrase dans le Delta occidental une invasion de Peuples de la Mer mêlés d’éléments libyens.

    A sa mort, l’inévitable lutte pour le pouvoir éclate entre collatéraux issus de Ramsès. Amenmès, petit-fils de ce dernier par une de ses filles l’emporte dans un premier temps, suivit par Siptah , considéré comme légitime par rapport à Merenptah mais trop jeune pour régner. Taousret, sa belle-mère, assure la régence avec un notable (et amant) d’origine syrienne, le chancelier Bay que la postérité surnommera Iarsou (le parvenu). Siptah meurt après six ans de règne théorique et Taousret coiffe la couronne pour 2 ans.

    Ainsi s’achève la XIXème dynastie, que Ramsès II avait porté au plus haut et qui finit 26 ans après sa mort en eau de boudin !

    XXème dynastie – 1188-1069

    Après la reine Taousret, le changement de dynastie se déroule en douceur puisque son fondateur Sethnakht laisse en place la plupart des grands commis de l’Etat – mais c’était peut-être le prix à payer pour son couronnement, allez savoir…

    En tout cas, son fils Ramsès III (- 1186-1154) sera le grand homme de cette dynastie qui n’est, par ailleurs, qu’une longue décadence. Il se veut dans la ligne de Ramsès II et bâtira effectivement beaucoup, son oeuvre maîtresse étant son temple funéraire de Médineh Habou, qu’il construit en face de Thèbes et à un kilomètre au Sud de celui de son grand modèle.

    Ses débuts sont guerriers. En l’an 5 du règne, les Libyens cherchent une nouvelle fois à forcer le Delta. Ramsès les bat et incorpore les survivants dans l’armée égyptienne. En l’an 8, les Peuples de la Mer déjà repoussés par Merenptah reviennent à la charge par la Palestine. Bloqués par le Mur du Prince et la puissante forteresse de Tjarou, à la hauteur des Lacs Amers, ils tentent leur chance par voie maritime et Ramsès les écrase dans une bataille navale restée fameuse.

    http://imgc.allpostersimages.com/images/P-473-488-90/22/2260/2EVZD00Z/posters/j-gardner-wilkinson-ramses-iii-returning-with-his-prisoners.jpg
    Allons, une dernière petite image de triomphe pour la route. Il n’y en aura plus tellement.

    Trois ans plus tard, les Libyens remettent ça et se font une nouvelle fois battre. Scénario désormais connu : les rescapés se retrouvent encasernés avec femmes et enfants dans le Delta et le Fayoum. Cette nouvelle population y fera souche et finira par prendre le pouvoir quand l’Etat sombrera dans l’anarchie et c’est pour bientôt.

    C’est sous Ramsès III que l’administration commence à battre de l’aile puisqu’on y note la plus ancienne grève connue, celle des ouvriers chargés de la construction des tombes royales et qui n’avaient plus été payés depuis deux mois !

    Le règne finit mal. Un énorme complot de palais fomenté par une épouse secondaire rassembla vingt-huit conjurés tous issus de la haute société. Même des juges chargés de l’enquête furent compromis.

    On discute ferme sur la question de savoir si Ramsès fut assassiné en cette occasion. « Non » disent les uns car un premier examen de sa momie n’avait rien révélé en ce sens ; « Oui » disent les autres qui font valoir que le procès se tint sous Ramsès IV, fils du précédent et qui ne règna que deux ans. Puis, un deuxième autopsie fut exécutée ; on constata alors que la gorge du roi avait été tranchée de la pomme d’Adam aux vertèbres cervicales. La question était réglée !

    Mais on n’en a pas fini avec les Ramsès. Il y en aura encore sept, compris entre -1148 et -1060. Ils connaissent une véritable descente aux enfers.

    Le clergé d’Amon, qualifié jusqu’ici d’encombrant, pèse désormais des tonnes dans la gestion de l’Etat. Dans ce pays qui s’entête à n’avoir nulle monnaie et où tout se traite par troc, quiconque possède le grain domine l’économie et la population. Face aux immenses domaines agricoles du temple de Karnak, les Pharaons font de moins en moins le poids.

    Comme si cela ne suffisait pas, une crise économique durable s’installe et l’on gémit à chaque coin de rue sur la chèreté de la vie. En corollaire, l’insécurité galope. A partir de Ramsès IX, on ne se gène plus pour piller les tombes royales. Quand, par hasard, on capture une de ces bandes organisées, elles passent devant un juge… qu’elles s’empressent de soudoyer avec le produit de leur vol !

    Sur le plan extérieur, Pharaon garde un certain contrôle sur la Nubie mais dans le couloir syro-palestinien, cela fait déjà longtemps qu’en ne parle plus des Egyptiens qu’à l’imparfait.

    A la fin du règne de Ramsès X, des troubles apparentés à une guerre civile éclatent entre tenants du roi et partisans des prêtres. Les choses vont si loin que Panéhési, le gouverneur de Kouch ( donc vice-roi de Nubie) intervient manu militari pour calmer le jeu.

    Sous Ramsès XI, les choses sont devenues regrettablement claires. Le pouvoir se répartit inégalement entre trois hommes. Au grand-prêtre d’Amon Hérihor, le pouvoir total sur le Sud en ce compris le commandement des armées de Nubie ; à Smendès, le pouvoir dans le Delta sous la férule théorique du premier ; à Pharaon le reste, soit l’inauguration des chrysanthèmes et des choses de ce genre.

    Outré des prétentions d’Hérihor, Panéhésy fait défection et l’Egypte retrouve sa vieille frontière d’Eléphantine.

    Fin de la XXème dynastie et du Nouvel Empire.

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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