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    SECONDE PERIODE INTERMEDIAIRE – 1785-1552

    La XIIIème dynastie prolonge tout naturellement la précédente. Nous savons peu de chose sur la première partie de cette période. La vie semble se poursuivre normalement et, si on note une arrivée régulière et continue de tribus bédouines dans le Delta, l’Egypte garde sa mainmise sur la Nubie dans le sud et de solides alliances avec les ports syro-palestiniens dans le nord.

    Mais entre -1785 et -1674, cette dynastie ne comprend pas moins de 24 pharaons ! Cela sent la crise de régime et la dislocation du pouvoir central bien plus qu’une catastrophe touchant l’agriculture ou la vie quotidienne des populations.

    Tout de même, une XIVème dynastie , centrée sur la seule ville de Xoïs, dans le Delta, apparaît en parallèle avec la XIIIème. Elle sera du reste éphémère.

    En revanche,les choses changent vers -1720 quand des “chefs des pays étrangers” – en égyptien : heqaou-khasout et pour nous : Hyksôs – s’emparent de la ville d’Avaris. Ils y fondent la XVème dynastie et plus tard la XVIème. De là, ils s’avancent en force avec du matériel que l’on trouve déjà un peu partout dans la région à l’exception notable de l’Egypte : des armes en bronze et des chars attelés de chevaux. Avec leur équipement de chasseurs du dimanche, les troupiers de la XIIIème dynastie ne pouvaient faire le poids et ce fut une fameuse débandade pharaonique. Une frontière précaire finit par s’établir un peu au nord de Thèbes et s’y maintint quelques décennies, Thèbes ayant fini par faire allégeance aux occupants.

    Ces derniers firent, en contrepartie, de gros efforts pour se faire accepter par la population. Leurs rois se coulèrent dans le moule égyptien et se présentèrent comme “pharaons de Haute et Basse-Egypte” à l’instar de leurs prédécesseurs avec toutes les références religieuses appropriées.

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    Un “pharaon” hyksôs sous forme de sphynx.

    Mais dans le sud, ils rongeaient leur frein. La longue XIIIème dynastie semble s’être éteinte en -1674 et la XVIIème prit le relais. Sa situation était d’autant plus grave qu’au sud, la Nubie s’était érigée en état indépendant avec Bouhen pour capitale. Son pouvoir, totalement égyptianisé, entretenait de bonnes relations avec les Hyksôs via les routes caravanières doublant la vallée du Nil.

    Il fallait réagir. Les princes thébains préparèrent leurs armées des années durant, se procurant les armes, les chevaux et les vaisseaux nécessaires au prix de mille trafics dont on ne sait rien.

    Aux alentours des années -1570, Sekenenrê Taâ et son épouse, la reine Ahhotep – dont j’aurai à reparler – lance l’offensive. On n’a aucun détail pour la suite mais on sait que le roi fut tué dans une certaine bataille que ses troupes ont néanmoins gagnée. Si cela n’avait pas été le cas, on n’aurait pas retrouvé son corps momifié dans les règles. Enfin, à peu près dans les règles puisqu’on a oublié de lui retirer son cerveau.

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    Extrait du rapport légiste : Sekenenrê était un bel homme élancé doté d’une puissante musculature. Il n’avait pas plus de quarante ans. Le crâne et la face portent six blessures profondes. Une première en plein front; la seconde sur le rebord orbitaire droit; la troisième sur la pommette droite; la quatrième sur le nez; la cinquième sur la joue; la sixième sous l’oreille gauche. Une hache, une massue et une arme pointue, genre pique, ont été conjointement utilisées.

    C’est l’heure de son épouse, la reine Ahhotep, fille de Taâ Ier et de la reine Tétisheri. Après la mort de SekenenRê, une paix précaire s’installe et elle assure la régence au nom de ses deux fils Khamès et Ahmès. Dès qu’il en a l’âge, le premier rassemble ses armées et s’élance vers le nord dans une expédition essentiellement navale. Il remporte victoires sur victoires avec l’aide probable de nombreuses 5ème colonnes – malgré leurs efforts, les Hyksôs ne furent jamais très populaires.

    Il échoue cependant devant la principale place asiatique, Avaris, de son vrai nom Hat-Ouret – le grand chateau. C’est là qu’il intercepte un message du pharaon hyksôs Apophis au roi de Nubie, qu’il invite à attaquer le domaine thébain par le sud. Sans doute a-t-il blêmi quelque peu car le plan était bon mais sa mère Ahotep avait pris les devants. Confiant la régence à sa mère Tétishéri ( et donc la grand mère de Khamès ), elle se porta avec des troupes sur la frontière d’Eléphantine. On ne sait s’il y a eu combat mais les Nubiens n’insistèrent pas.

    Peut-être est-ce dans ces circonstances qu’Ahhotep reçut le collier à trois mouches d’or, la plus haute distinction militaire égyptienne, que l’on a retrouvé dans son tombeau en compagnie d’un poignard à lame d’or et une hache de guerre…

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    Pourquoi trois mouches ? Logique dans ce pays brûlant : elles symbolisent les guerriers infatigables harcelant l’ennemi sans trève.

    Ensuite, les opérations marquent une pose. Khamès consolide ses conquêtes et rentre à Thèbes où il fera élever quelques constructions avant de mourir de cause inconnue après trois ans de règne.

    Le scénario se répète. La reine Ahhotep, probablement aidée par bonne-maman Tétishéri (qui sera plus tard adulée comme la fondatrice de la puissante XVIIIème dynastie), achève la formation de son cadet Ahmès (ou Iâhmès ou Amosis) qui s’élance à son tour dans la reconquête.

    Après avoir repris Memphis, il s’empare enfin d’Avaris qu’il livre au pillage. Le dernier réduit hyksôs, Charouen, dans le sud-ouest palestinien tombe peu après. Pour faire bonne mesure, Ahmès remonte haut dans le couloir syro-palestinien et l’on discute sur la question de savoir s’il a atteint ou non l’Euphrate. C’était sans doute une promenade militaire destinée à faire comprendre aux peuplades intéressées que l’Egypte n’était plus à prendre. Et il y avait aussi un signal aux ports comme Sidon et Byblos : qu’on se le dise, les affaires commerciales allaient reprendre.

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    La hache d’apparat d’Ahmès.

    Il se retourna ensuite vers la Nubie qu’il reconquit, fixant la frontière un peu au sud de Bouhen dont il fit son centre militaro-administratif.

    Nous possédons quelques données sur ces batailles par les récits auto-biographiques laissés par certains protagonistes dans leur tombe. Voici ce que raconte, entre autres, Ahmès fils d’Abana, officier dans l’armée thébaine originaire de Nekheb – future El-Kab :

    “On m’enrôla à bord du vaisseau “Septentrion”. Je suivais alors Pharaon à pied quand il montait son char… On mit le siège devant Avaris. Je montrai ma vaillance devant le Roi etje fus affecté au vaisseau “Gloire dans Memphis”. On se battit sur l’eau à Pedjkou : je fis un prisonnier et rapportai une main. Cela fut rapporté au scribe militaire et je recus l’or de la vaillance… On mit Avaris au pillage et j’emportai du butin, un homme et trois femmes que Sa Majesté me donna comme serviteurs…”
    Plus tard, Ahmès fils d’Abana se trouve confronté aux Nubiens. Il poursuit :
    Sa Majesté rencontra les Nubiens près de Khenet-Nefer et en fit un grand carnage. J’en ramenai comme butin deux hommes et trois mains. Je fus à nouveau récompensé par de l’or et je reçus deux femmes commes servantes…”
    NB. L’or de la vaillance se présentait sous la forme d’un collier.

    Voilà pour l’ambiance. On aura compris que la main droite d’un ennemi tué servait de coupon détachable à échanger contre des récompenses.

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    On a retrouvé quelques-unes de ces mains dans les ruines d’Avaris.

    Victorieux sur tous les fronts, le pharaon Ahmès meurt vers l’âge de 35 ans à une date indéterminée centrée autour de -1526, peu après sa mère Ahhotep, dont l’énergie comme régente avait permis à ses fils de reprendre les Deux-Terres et d’ouvrir ainsi le NOUVEL EMPIRE et la XVIIIème dynastie.

    Tandis que bien loin de là…

    La Mésopotamie, elle aussi, a été secouée. Après la disparition du royaume de Sargon d’Akkad et l’avénement de la IIIème dynastie d’Our, on y était revenu au concept de cités-etats culturellement intégrées mais politiquement indépendantes. Mais voici qu’était apparue Babylone et ses habitants se taillèrent, par paliers, le Ier Empire Babylonien (- 2000-1575) avec le roi Hammourabi en figure de proue. Son règne avait favorisé l’étude du Droit (son code est célèbre), la grammaire, les mathématiques, la médecine et la divination.

    En Anatolie, les possessions hittites gagnent en surface et en puissance. En -1650, ils fondent Hattusa, leur capitale. En -1595, un raid en profondeur mené par leur roi Moursili Ier s’empare de Babylone mais ne s’y éternise pas car dans son dos, des cités vaguement alliées entre elles menacent ses communications. Du reste, le royaume hittite se voit attaqué chez lui par d’autres peuplades anatoliennes et sa progression vers le sud-est est interrompue. On peut même parler de repli hittite… pour l’instant.

    Vingt ans plus tard, des tribus kassites, venues de l’est, mettent fin au Ier Empire Babylonien et mettent la Basse-Mésopotamie en sommeil pour trois siècles – un sommeil politique, non culturel.

    Les Crétois abordent le Bronze Récent. C’est l’époque des nouveaux palais et l’apogée commerciale de la Crète qui paraît complétement remise des dégâts consécutifs à l’explosion du Santorin.
    Les premiers Indo-Européens de langue grecque parviennent à la mer Egée et amorcent l’essor des Mycéniens.

    Vers l’époque de la mort du pharaon Ahmès, les cités-etats alliées qui avaient menacé les arrières hittites dans son offensive vers Babylone se muent en une confédération plus structurée sous l’autorité de Barattarna, roi du Mitanni. Il s’agit d’une population hourrite (c’est à dire originaire du sud caucasien) mais mélangée à des éléments indo-européens qui forment une élite militaire spécialisée dans l’usage des chars : les Maryanou.

    Les personnages sont en place pour la suite…

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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