Post has published by kymiou
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A l’invitation de Vauban, je vais me risque à étoffer un peu cette chronologie.

Le Prédynastique, à partir de -5000 jusque vers -3200 est une période où les futurs Egyptiens s’installent dans la vallée par petits groupes, chassés par la sècheresse grandissante du Sahara. Ce sont encore des chasseurs-cueilleurs des savanes, de culture paléolithique supérieur alors que maintes régions comme la Mésopotamie et l’Anatolie ont les pieds plantés dans le néolithique – agriculture et élevage – depuis longtemps. L’Egypte se présente alors comme une multitude de villages isolés par des rives encore luxuriantes de vie sauvage grouillant de reptiles, de crocodiles et d’hippopotames.

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Ces villages plus ou moins distants commercent, entrent en conflit, bref se frottent les uns aux autres mais génèrent une culture commune que l’on qualifie de “nagadéenne”, du nom de Nagada, son site le plus riche. A la fin de cette période, l’agriculture et l’élevage sont partout présents. On glisse même rapidement vers le “chalcolithique” par ajout de la métallurgie du cuivre et de l’or, deux métaux à fusion relativement basse aisés à extraire… quand on en trouve.

Vers -3200, quelques tentatives d’unification sont tentées, notamment avec le roi Scorpion (du nom de son emblème) et l’on parle d’une dynastie zéro.

Les débuts de la période dynastique, dite “époque thinite”.

Vers – 3100, un roi du Sud, Narmer, conquiert le Delta et s’en attribue la royauté. Les Deux-Terres sont réunies sous la double couronne Pschent, habile combinaison des deux coiffes royales. La notoriété de Narmer doit beaucoup à une palette à fard gravée à sa gloire.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2f/Palette_de_Narmer.jpg

Bourrée de symboles sur ses deux faces, cette palette. Sur la face de droite, Narmer, coiffé de la tiare du Sud, achève sa conquête. Le serviteur qui le suit, les sandales royales à la main, figure son armée. Au-dessus du captif en fâcheuse position, le représentation des terres nouvellement conquises et désormais dévolue au dieu Horus, dont on voit l’image de faucon. La palette est surmontée de deux taureaux. L’idée de Taureau puissant est indissociable de l’image royale. Narmer porte d’ailleurs une queue de bovidé au bas du dos. Entre les deux taureaux symbolisant la royauté des Deux Terres se trouve un serek qui est comme un cartouche rectangulaire en forme de château et l’on y lit le nom du roi.
L’autre face de la palette montre, en haut, Narmer défilant coiffé du pilon du Nord avec les enseignes de ses corps d’armée, figurant bien entendu l’ensemble de ses forces.

Avec Narmer débute la 1ère dynastie et l’histoire égyptienne proprement dite.

Ière dynastie – 3150-2925 (+/-)

Politiquement, les pharaons cherchent l’apaisement après la conquête. Le Delta est ostensiblement traité d’égal à égal. La capitale reste This, près d’Abydos, mais les reines portent des noms en hommage à Neith, la déesse guerrière du Nord : Neithotep, MerNeith, etc.

Une politique extérieure se dessine, expéditions contre les Libyens et les Nubiens, exploitation de mines dans le Sinaï, construction de postes fortifiés aux frontières (déjà !) et le pays importe du bois du Liban.
Les pictogrammes symboliques que l’on trouvait sur la palette de Narmer évoluent rapidement en une vraie écriture, les hiéroglyphes.

Et pendant ce temps-là…

En Europe, c’est l’ère des mégalithes. Une population mal définie fait pousser cromlechs, dolmens et menhirs comme des champignons.
En basse-Mésopotamie, les Sumériens au Sud et les Akkadiens au Nord, d’origine et de langue diverses mais de culture commune, s’organisent en cités-Etat où l’on inscrit ses comptes en caractères cunéiformes sur des tablettes d’argile. On en a retrouvé des milliers à Ourouk.
Deux cités de la vallée de l’Indus, Mohenjo-Daro et Harappa, commencent à prospérer.
Beaucoup de cultures prometteuses avortent avec le dessèchement progressif des déserts.

IIème dynastie – 2925-2700

Des rivalités entre clans éclatent sous forme de conflits religieux. Horus est aux prises avec Seth. Il n’y a pas de répartition géographique : les partisans de l’un et de l’autre sont inextricablement mêlés dans la population. Les pharaons cherchent à calmer le jeu en se plaçant sous l’égide des deux divinités. Quand cela marche, il y a trève. Quand ça rate, les émeutes recommencent.
Finalement, Khâsekemouy impose la paix. Avec lui commence…

L’ANCIEN EMPIRE – 2700-2200

IIIème dynastie – 2700-2625

Le calme retrouvé, Djéser, fils de Khâsekemouy, veut frapper un grand coup pour affirmer son pouvoir. Il a la chance d’avoir un collaborateur d’élite en la personne d’Imhotep, le premier génie répertorié de l’Histoire.

http://emeagwali.com/media/africa/imhotep.jpg

Imhotep (son nom signifie Bienvenu ) conçoit et fait bâtir la première pyramide à degrés, celle de Sakkarah, et il en dessine chaque détail, jusqu’aux chapiteaux des colonnes.
Djéser y est inhumé et sa statue, enfermée dans un serdab, observe par deux trous les visiteurs et les offrandes.

Sur la demande insistante de mon Ego, je précise que cette prise de vue est de mon cru :lol:. On le devine immédiatement à l’erreur de date. 1892 ! D’accord, j’ai quelques heures de vol, mais pas à ce point-là :dry:

Les successeurs de Djéser s’efforcent de l’imiter mais Imhotep, désormais chez Osiris, n’est plus là pour superviser les travaux. Nombreux échecs, donc, aggravés sans doute par des règnes trop courts.
Le dernier pharaon de cette IIIème dynastie, Houni, règne assez longtemps pour se bâtir une pyramide à Meidoum, à 40 km au sud de Gizeh. A sa mort, il laisse enfin des équipes bien commandées et bien entraînées. C’est l’heure de Snéfrou.

IVème dynastie – 2625-2510

Nebmaât Snéfrou, fondateur de la IVème dynastie, laissera le souvenir d’un souverain idéal : affable, intelligent,attentif aux autres et en même temps énergique et tenace. Ayant désormais les moyens de se faire une grande pyramide, il la veut lisse (c’est une première) et très pointue. Un peu trop. Son poids énorme sur un sol mal préparé provoque de multiples fissures. Snéfrou la fait achever au plus court en cassant ses angles et lance une deuxième pyramide un peu plus au nord, de base équivalente mais nettement plus plate pour gagner du temps. Pour doubler ses chances, il fait dans le même temps convertir en pyramide lisse celle de Meidoum, qui était à degrés.
Ces deux solutions de rechange seront menées à bien.

Les grands travaux exigent des ressources en rapport. Snéfrou lance des razzia sur la Libye et la Nubie. Il en ramène troupeaux et prisonniers. Des mines d’or, de turquoise, de malachite et de cuivre sont ouvertes partout où il y en a. L’Egypte est en pénurie permanente de bois : on a trouvé mention d’une flotte de 4O vaisseaux partis acheter du cèdre et du pin à Byblos. Une partie de ce bois servira à construire des bateaux supplémentaires.
Pas de chômage, sous Snéfrou, et son immense popularité franchira les siècles comme en témoignent des graffitis du Nouvel Empire retrouvés sur ses stèles.

Après tant d’activités, inutile de dire que les Egyptiens peuvent maintenant bâtir une pyramide les yeux fermés. C’est le fils de Snéfrou, Khéops, qui en retirera tout le fruit. Et ce qui est vrai pour les tombes royales l’est aussi dans le domaine civil. Dans ce pays régulièrement inondé, les bornes sont remises au millimètre près, les digues sont au cordeau,les administrations bien tenues quoiqu’un peu rapaces (mais c’est la loi du genre), les tribunaux rendent une justice équitable et une police recrutée dans les tribus nubiennes traque le mauvais garçon dans les rues et les dunes.

Jusqu’à la fin de l’Ancien Empire, les pharaons continueront à se bâtir des pyramides mais elles deviendront progressivement plus modestes et surtout plus simples. Avec la disparition graduelle des hommes de Snéfrou, on en arrivera à une construction standard offrant toutes les garanties de stabilité, certes, mais sans plus guère d’innovation.

Au total, la IVème dynastie aura connu six pharaons, le dernier étant Shepseskaf. Avant de passer à la suivante, offrons-nous un dernier regard, genre carnet mondain, sur cette époque que je considère comme flamboyante. J’ai une Dame à vous présenter…

https://artcheologie.files.wordpress.com/2013/12/table-offrande-iounou-louvre.jpg

Elle s’appelle Nefertiabet. Son titre est en haut à gauche : sat Nisout : fille du roi. Lequel ? on n’est pas sûr. Snéfrou ou Khéops. Sur sa stèle funéraire, à présent au Musée du Louvres, elle trône devant une table copieusement garnie d’offrandes. Maquillée au micropoil, longue perruque de cour, robe coupée dans de la fourrure de guépard… Elle n’a pas l’air commode mais quelle classe ! Toute la civilisation égyptienne de ce temps esl là.

Et du côté d’ailleurs

En Mésopotamie, les cités se protègent d’épaisses murailles. Les rois sont, tels Gilgamesh d’Ourouk, “héroïsés” et introduits dans des légendes édifiantes. C’est à Kish, en Akkad, que l’on épingle le premier roi réellement historique : Mebaragesi.
A Our, les souverains décédés sont inhumés avec leurs courtisans, assassinés pour la circonstance. Sa Majesté aura besoin de compagnie.

Dans la vallée de l’Indus, Mohendjo-Daro et Harappa influencent un large arrière-pays d’agriculteurs et de pasteurs. Ces deux villes, d’un périmètre de six kilomètres, sont tracées en damier avec des rues de sept mètres de large. Elles disposent d’un réseau d’égout mais n’ont curieusement ni palais ni temples. Ni leur écriture ni leur langue n’ont encore été identifiées à ce jour.

En Grande-Bretagne, on met la dernière main à Stonehenge et les Scandinaves viennent de faire une trouvaille d’avenir : le ski.

Sur l’île Wrangel, au nord-est de la Sibérie, s’éteignent les derniers mammouths.

Vème dynastie – 2510-2460

Huit pharaons au total. Sous la dynastie précédente, les nécessités liées aux pyramides avaient placé la région de Memphis en pointe en matière d’organisation et de moyens. A présent, les progrès acquis se répandent dans toute la vallée et chaque province – on dit : “nome” – se dote d’administrations compétentes en tous domaines.

Les sous-sols sont systématiquement explorés pour satisfaire aux besoins des architectes, des artisans et des orfèvres. A côté de l’or et du cuivre sont exploités des sites de basalte, diorite, albâtre et grès sans oublier les semi-précieux : améthyste, cornaline, turquoise et cristal de roche.

On lance même des expéditions lointaines vers la Nubie profonde et jusqu’à ce pays de Pount, toujours mal identifié aujourd’hui.

L’Egypte tourne comme une machine bien huilée où se développe lentement une nouvelle classe de haut-fonctionnaires aux pouvoirs de plus en plus étendus et à l’autonomie toujours plus grande. Pharaon ne peut âtre partout. Il faut bien qu’il délègue.

VIème dynastie – 2460-2200

Sept pharaons. Le dernier est… une reine, Nitocris. Première souveraine à exercer le pouvoir effectif en Egypte et peut-être une première mondiale.

Dans le droit fil de la Vème, la VIème semble plus impérialiste. Les Egyptiens se sont bien implantés en Nubie et contrôlent le réseau de routes caravanières qui, d’oasis en oasis, serpentent dans le désert occidental. Ils ont durci leurs positions sur les sites miniers du Sinaï et patrouillent loin dans le couloir syro-palestinien.

http://www.egyptos.net/img/vie_quotidienne/Mesehtisoldiers.jpg

Retenons le nom d’Ouni, investi de nombreuses charges tant civiles que militaires sous les règnes de Pepi Ier et Merenrê. Dans la biographie gravée dans son tombeau, il narre qu’il a mené une offensive près de l’actuelle ville de Haïfa et donne une idée de son opération – une opération amphibie, s’il vous plaît !

Je voguai en mer sur des vaisseaux avec une partie de mes soldats et je touchai terre derrière la Montagne du Nord tandis que l’autre moitié de mes troupes restait sur le chemin terrestre. Je revins en arrière pour encercler les ennemis en sorte qu’ils furent tous tués“.

Un autre fonctionnaire/militaire, Horkhouf, gouverneur d’Eléphantine sous Pepi II, explique qu’après avoir vaincu les Nubiens, il revint avec “trois cents ânes chargés d’encens, ébène, huile, grains, peaux de panthère, défenses d’éléphants, boomerangs, toutes choses belles de valeur“.

… mais les choses vont bientôt se gâter.

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A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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