Post has published by kymiou
  • Modérateur
    Posts1941
    Member since: 20 juillet 2013

    Eh bien, au grand dam des curieux, on se retrouve une nouvelle fois avec un titre ronflant n’ouvrant que sur quelques lignes de pure circonstance. J’ai bien le droit de le faire remarquer vu j’ai participé à leur rédaction.

    Alors, autant étoffer un peu le sujet, puisqu’il existe déjà…

    Mésaventure.

    Sacré orage ! Vous avez été effleuré par un éclair en boule et vous voilà projeté vers 1450 sur les terres du duc de Bourgogne Philippe le Bon, quelque part entre Bruxelles et Dijon. Pas de quoi s’affoler : la Patrouille du Temps si bien décrite par Poul Anderson ne mettra pas longtemps à vous repérer et vous réinjecter dans votre siècle. En attendant, autant s’organiser.

    Par chance, vous reveniez du supermarché avec trois cents grammes de poivre en réclame, un pot de clous de girofle, un blister de six noix de muscade et un kilo de sucre. Aussitôt dans votre nouvelle époque, passez chez l’épicier de la ville et échangez-les contre assez de livres tournoi pour vivre à l’aise pendant six mois. Retenez que le sucre blanc, dit « sel indien », sera accepté avec joie par l’apothicaire qui en a le quasi monopole, vu sa valeur.

    Comme les passants vous regardent avec des yeux ronds, procurez-vous chez un fripier le nécessaire : des chaussures à la pointe démesurée et une sorte de collant raide avec une braguette à pont pour le bas ; pour le haut, une ample chemise de lin, un pourpoint de velours aux épaules rembourrées comme le ventre d’un chanoine et, sur le tout, une grande cape et l’inévitable chaperon, que je vous conseille de choisir vert ; c’était l’insigne des bourguignons aux temps pas si lointains où ils se colletaient avec les Armagnacs. Vous êtes sur les terres du Grand Duc d’Occident : autant faire bonne impression.

    http://www.chateau-de-cherveux.com/cuisine-medievale/Epicier-du-Moyen-Age.jpg
    Chez l’épicier…

    Vous vous retrouvez ainsi dans une taverne de belle allure. Évitez le picrate ordinaire, qui a tout du beaujolais piqué. Choisissez plutôt du clairet, un vin blanc cuit aux épices et fortement sucré au miel. Un peu sirupeux mais pas désagréable. Vous ne tardez pas à lier conversation avec votre voisin, un bourgeois d’aspect cossu. Soyez prudent dans vos propos ! Avec un peu d’adresse, les rapports deviennent amicaux et l’homme vous invite au banquet qu’il organise ce soir chez lui pour l’anniversaire de son épouse.

    Ne vous faites pas d’illusions. Jugeant désopilants vos drôles de mots et votre accent loufoque, il voit en vous une attraction originale pour ses convives. Vous feriez pareil ! Nous nous séparons, rendez-vous pris quand les cloches sonneront les Vêpres (18 H).

    Politesse à table et dispositions diverses

    En attendant l’heure, imprégnez-vous bien des convenances de cette époque. Il y aura sur la table une assiette pour deux où chacun prélèvera sa portion, à poser devant soi sur une épaisse tranche de pain dit « tranchoir ». Quand l’action commencera, tous les plats, des entrées jusqu’aux desserts, seront disposés en même temps et vous y piquerez à votre fantaisie.

    On mange avec un couteau, une cuillère et trois doigts – seulement trois ! – et pas question de les lécher, ce serait du dernier rustre. Vous ne trouverez pas de serviettes et c’est à la nappe qu’on s’essuie les mains ; et la bouche aussi, avant de boire. A ce propos, vous trouverez sur la table tous les plats et de multiples coupelles pour diverses herbes et épices hachées ( cannelle, estragon, garingal, ail, maniguette, menthe, cumin, aneth, etc…) mais ni verres ni boissons. Ces derniers sont alignés sur un vaisselier à part et un valet, commis à cet office, vous servira sur un simple geste de votre part.

    Ne vous attendez pas à trouver une salle à manger : cela n’existe pas encore. A la place, on a la Grande Salle, généralement au premier étage. Y trône une énorme cheminée parée d’une crémaillère, de broches et d’un système de landiers élaborés, avec des creusets remplis de braise où mijotent les innombrables sortes de potées.

    http://images.empreintesduweb.com/originale/1459258918.jpg

    A l’heure des repas, on se contente de dresser des tréteaux et quelques planches, le tout recouvert de la nappe. A l’exception du maître de maison et de son épouse qui disposent parfois de sièges, tout le monde s’assoit sur des bancs. Ceux-ci sont alignés ordinairement le long des murs quand ils ne servent pas.

    La table ne sera pas disposée en U, comme dans les grands festins nobiliaires et les films. Ici, elle sera droite, ou éventuellement en T. Comme ce sera soirée de fête, il y aura sûrement de la musique, peut-être un jongleur ou un conteur de fabliau et certainement des tapisseries aux murs.

    Mais voici que le bourdon du cloître appelle les moines aux Vêpres. Le moment est venu de vous rendre à l’invitation…

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • A password will be emailed to you.