Post has published by Frëki
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Introduction

Avant de nous lancer dans le corps de notre sujet, il est important de définir ce que l’on entend par « mercenaire » au début des Temps modernes mais aussi de « planter le décors » historique de l’époque que nous allons traiter rapidement.

 

L’appellation de « mercenaire »

Selon la définition du CNRTL, un mercenaire est un « soldat à la solde d’un gouvernement étranger » ou encore une « personne effectuant, pour de l’argent, des opérations de type militaire ou de maintien de l’ordre ». Ce sont donc pour faire simple si l’on suit ces définitions des militaires étrangers qui ne servent un pays que pour l’argent. Mais qu’en est-il à la fin du XVe siècle et dans la première moitié du XVIe siècle ?

Le terme de mercenaire en lui-même est en fait pratiquement anachronique dans le contexte traité ici. Dans le cadre des Pays-Bas (autour desquels graviteront essentiellement ce dossier), des chroniqueurs comme Jean Molinet ou Robert Macquéreau mentionnent ces troupes comme des « étrangers », en les qualifiant surtout par leur nationalité. Il faut donc d’une certaine manière lire entre les lignes dans ces sources narratives pour savoir si les troupes mentionnées sont des mercenaires ou non. Les chefs de ces compagnies sont nommés capitaines ou le plus souvent conducteur, qui est la traduction littérale du mot italien condottiere.

Durant cette période, les mercenaires les plus réputés sont allemand et sont connus sous le nom de lansquenets.

Leur arrivée dans cette région peut s’expliquer par le fait qu’à la suite du mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien de Habsbourg, énormément de fantassins et de nobles d’origine allemande, autant à cheval qu’à pied (puisque l’on retrouve des membres de la petite et moyenne noblesse combattant à pied en hommes d’armes) viennent grossir les rangs des forces bourguignonnes puis habsbourgeoises.

Portrait de Marie de Bourgogne par Michael Pacher et de Maximilien Ier par Albrecht Dürer

Même si les allemands sont majoritaires, on retrouve également des italiens, cette région étant réputée auparavant pour ces mercenaires, des suisses qui jouissaient également d’une très bonne réputation, des anglais soit envoyés par leur souverain ou ayant quitté sont service ou encore des écossais ou des ibères, comme le célèbre biscayen Jean de Salazar, un des fidèles serviteur étranger du pouvoir bourguignon de l’époque.

 

La guerre au début des Temps modernes

Un premier point important à noter est que la guerre augmente déjà en intensité à la jonction entre le Moyen Âge et les Temps modernes (déjà durant la guerre de Cent Ans). Les guerres deviennent fréquentes et étendues, les campagnes se poursuivant de plus en plus souvent en hiver ce qui n’était pas habituellement le cas auparavant. Les conflits mobilisent un nombre plus important de soldats et de moyens, ce qui exerce une pression plus importante sur les populations et sur les structures des États en construction.

Tout cela va logiquement impacter la manière dont la guerre est menée. Le modèle des armées du Moyen Âge tardif, tournant autour du noyau formé par la noblesse combattant essentiellement à cheval, levant des troupes avec leurs propres moyens, ou encore avec les milices communales à la portée opérationnelle plus limitées commence à être concurrencé par une autre organisation où l’infanterie (et même une partie de la cavalerie) sera formée de troupes étrangères, qui y prennent un rôle central. Nous expliquerons plus tard ce qui a poussé à ces changements.

Cette période charnière est marquée par la rivalité entre les Habsbourg et les Valois, qui conduit à de nombreux conflit autant dans le sud que dans le nord de l’Europe. On peut citer pour la fin du XVe siècle la révolte de la Flandre aidée dans celle-ci par la France entre tout d’abord 1486 et 1489 et ensuite 1492 et 1493. Durant le règne de Charles Quint, on peut citer les différentes guerres dites « d’Italie » qui se mèneront en fait dans beaucoup de lieu de l’Europe de l’ouest.

Détail de la Tapisserie de Pavie de Bernard van Orley (vers 1531)

Une question intéressante est de savoir pourquoi il y a des conflits à l’époque. Une des explications les plus courantes sont pour le XVIe siècle les antagonismes religieux incarné par les mouvements de Réforme et Contre-Réforme/ Réforme catholique. On peut remettre cela en question en montrant que la religion est rarement le moteur principal d’un conflit sauf dans certain cas, comme la succession anabaptiste de Munster (1534-1535) et les guerres de Charles Quint contre les princes protestants (1546-1547). Les motivations religieuses font partie des divers moyens, dans lesquelles rentrent les questions d’honneurs, de rivalité personnelle mais également les questions dynastiques. Au XVIe siècle, aucune guerre ne se fait sans justification dynastique, même ténue ou quand l’expansion n’est pas pratique (ce dont les guerres d’Italie sont au début un bon exemple, puisque les territoires revendiqués sont relativement éloignés de territoire français par rapport à d’autres conquêtes possibles comme Calais par exemple).

Un dernier point à noter est que des guerres internationales de l’époque peuvent pour nous recouvrir ce qui serait considéré aujourd’hui comme des guerres civiles. Ce cas se présente lorsque des entités locales fortes luttent contre les entités souveraines de leurs territoires, ces dernières cherchant à les contrôler. Ces guerres deviennent internationales quand d’autres puissances interviennent dans ces conflits, comme par exemple dans la révolte flamande que nous avons vu précédemment. Ces guerres sont aussi soit sanglantes et limitées en durée, comme les nombreuses campagnes menées contre la Gueldre par exemple, ou alors elles sont décousues et de longue durée.

 

Ouvrages utilisés :

–       Chagniot, J., Guerre et société à l’époque moderne, Paris, 2001.

–       Gunn, S., Grummitt, D. et Cools, H., War, State and Society in England and the Netherlands 1477-1559, Oxford, 2007.

–       Sablon Du Corail, A., « Les étrangers au service de Marie de Bourgogne : de l’armée de Charles le Téméraire à l’armée de Maximilien (1477-1482) », Revue du Nord, n° 345-346, 2002, p. 389-412.

–       Tallet, F., War and Society in Early-Modern Europe, 1495-1715, Londres, 1992.

–       Verreycken, Q., « Pour nous servir en l’armée » : le gouvernement et le pardon des gens de guerre sous Charles le Téméraire, duc de Bourgogne (1467-1477), Louvain-la-Neuve, 2014.

ps : pour la modération, je peux laisser cette introduction ici où il vaut mieux qu’elle se retrouve tout en haut de ce topic ? 🙂

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