Post has published by Ambarequiem
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    @kymiou, merci beaucoup pour cette réponse.

    Si, quand même. Parmi les sources auxquelles il se réfère, il y a notamment les écrits de Caton l’Ancien, qui a combattu en 2ème guerre punique et provoqué la troisième. Il cite aussi les instructions d’Auguste, ce qui est déjà l’empire mais au tout-tout début. Par ailleurs, au gré de ses argumentations, il évoque les Spartiates, les armées de Xerxès, le reconditionnement disciplinaire opéré par Scipion Emilien sur ses troupes, etc.

    Au contraire, crois-y à fond. On ne sait pas avec précision quand écrivait Végèce mais c’est de toute façon après l’édit de Théodose et les fonctionnaires sont tous supposés chrétiens. C’était la bien-pensance du moment et il n’était pas question d’inclure dans un livre dédié à l’empereur la moindre référence aux dieux païens, même dans un contexte où ils auraient leur place.

    So ” Ils jurent par Dieu, par le Christ et par l’Esprit-Saint, et par la majesté de l’empereur qui, après Dieu, doit être le premier objet de l’amour et de la vénération des peuples” was the old “L’Europe et la concurrence libre et non faussée vous veulent du bien” 🙂 Le truc pas toujours vrai, mais qu’on est obligé de dire sinon on est hérétique.

    La deuxième chose qui ne faisait dire que les sources de Végèce ne remontaient pas si loin, c’est surtout l’ordre de bataille de la légion ancienne qui donne, avec beaucoup de cavalerie, ce que les historiens datent de la réforme de Septime Sévère il me semble. Même s’il appelle l’autorité de très vieux auteurs ou références qui sont des “classiques” dans l’art militaire occidental, son modèle de légion est vieux d’un ou deux siècles, ce qui a l’époque peut déjà être un temps considérable pour la mémoire humaine, surtout avec les moyens de l’époque. Je ne retourne pas voir le texte, mais dans les sources d’autorité que tu cites on a un épisode mythique, quasi mythologique autour des spartiates et de Xerxès, et un épisode tout aussi mythique pour un romain des guerres puniques, et le grand organisateur de l’Empire. Ce sont pour moi des bornes temporelles qu’il donne parce qu’elles parlent à l’imagination de la plupart de ses auditeurs, et pas forcément les sources primaires de son récit.

    Bref, sur la composition de sa légion, on a présence des cohortes comme pions tactiques, mauvaise compréhension de ce qu’étaient les manipules, première cohorte double et forte cavalerie, c’est clairement la légion impériale telle qu’elle est présentée par les historiens.

    Pas question ici de la dixième cohorte. Végèce est clair sur ce point et c’est logique : si la première est plus étoffée, c’est précisément à cause de la présence des recrues, de leurs instructeurs et de l’administration qui s’y rattache. Elle sert donc aussi de cohorte-école et les bleus qui en sortent sont au fur et à mesure dirigés vers la dixième (la moins exposée), au gré des besoins.

    En fait, il n’est pas si clair que ça, c’est juste un passage de son paragraphe sur la promotion circulaire qui le laisse entendre. De la première cohorte, le soldat passe avec un grade supérieur à la dixième, puis au fil des promotions, il remonte vers la première. Par contre, quand il parle d’intégration de nouveaux soldats , c’est la légion qui est levée entière à partir de nouveaux soldats. Il ne parle pas d’intégration de renforts. au niveau de la logique de la chose, c’est possible, étant donné le nombre de spécialiste et de vétérans dans la première cohorte, mais, c’est sensé être l’élite de la légion, une élite composé pour moitié de bleus, c’est comme dans l’armée impériale de Napoléon être engagée d’entrée chez les grenadiers, ça me semble complètement invraisemblable. Par contre, il donne une autre indication : “On compte cinq cent cinquante-cinq fantassins et soixante-six cavaliers dans la sixième cohorte, qui doit être composée de la fleur de la jeunesse, parce qu’elle est placée en seconde ligne derrière la première cohorte, qui a en dépôt l’aigle et les images de l’empereur.”  Ceci peut faire de la sixième cohorte le centre d’incorporation des bleus, ou au moins des jeunes et des fils de légionnaires qui ont effectués leur formation au camp. Le terme “fleur de la jeunesse” renvoie à une sélection des meilleurs éléments qui implique une confrontation a des épreuves et à l’entrainement, et Végèce l’indique, on n’intègre pas de soldat sans un minimum de formation, ou une mise à l’épreuve. L’effectif double de la première et l’expérience des soldats protègent les bleus qui se battent derrière eux, et profitent de leur succès et de leur exemple pour s’aguerrir.

    Donc oui, les trois mots ont pu être utilisés jusqu’à la fin, mais pas leur signification. Végèce prend même soin de le préciser :

    “Notre usage est de composer notre premier rang de soldats anciens et exercés, qu’on appelait AUTREFOIS principes” (Liv.III, chap.13). Et il utilise la même formule trois lignes plus bas à propos des hastati.

    Ceci dit, tu as raison sur les confusions qu’on trouve ici et là, soit par des maladresses de traduction, soit parce que Végèce passe rapidement sur des détails bien connus de ses contemporains mais oubliés par la suite.

    En fait, c’est le maintien des termes Principes, Hastati et Triarii qui place Végèce dans une situation confuse, il veut peut être faire coller des termes à des appellations anciennes qui ont peut-être perdurées uniquement par l’intermédiaire des centurions et qui n’ont plus de réalité concrète. Dans les cohortes normales, les centurions avaient des noms issus de l’ordre manipulaire : Hastati Prior et Posterior, Principes Prior et Posterior, et Pilus ou triarii Prior et Posterior. Normalement, dans la première cohorte, le Pilus Posterior disparait, et il y deux hastati prior et posterior, deux principes prior et posterior et le primipile. Le problème c’est que Végèce veut faire coller l’équipement des soldats, leur fonction et leur façon de combattre avec le nom qui continue d’être donné à leur chef, et aussi peut-être les sources antiques qu’il possède, et c’est ce qui le place à présenter tous les archers comme pratiquement hors rangs, alors qu’ils peuvent très bien s’intégrer, même dans la formation qu’il donne.

    Le dernier point qui me chagrine, et j’en avait déjà parler dans un autre sujet, c’est la faiblesse de profondeur que Végèce donne à ses ordres de bataille, 6 rangs pour toute l’armée, c’est vraiment très peu, voir c’est du rarement vu chez les romains qu’on donne pour combattre sur 4 à 8 rangs, sur deux à trois lignes de cohortes ou de manipules. Si on prend Arrien, c’est carrément la phalange macédonienne sur 16 rangs qu’il nous ressuscite.

    Le système de Végèce est assez faible et même certainement difficile à commander et à manœuvrer. Si on prend au pied de la lettre une cohorte de 555 hommes sur 6 lignes, comme évoquée dans le précédent post, on peut mettre un centurion par ligne de centurie de 100 hommes, avec une centurie par ligne. Donc, des chefs qui commandent à la voix des unités déployées sur 100 mètres et des rangs fragiles qui ne peuvent pas rattraper une défaillance locale par la profondeur des rangs.

     

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