Post has published by kymiou
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    @ambarequiem :

    Je ne pense pas que les écrits compilés par Végèce viennent de si loin, en tout cas pour l’organisation de la légion.

    Si, quand même. Parmi les sources auxquelles il se réfère, il y a notamment les écrits de Caton l’Ancien, qui a combattu en 2ème guerre punique et provoqué la troisième. Il cite aussi les instructions d’Auguste, ce qui est déjà l’empire mais au tout-tout début. Par ailleurs, au gré de ses argumentations, il évoque les Spartiates, les armées de Xerxès, le reconditionnement disciplinaire opéré par Scipion Emilien sur ses troupes, etc.

    Dans le même paragraphe, Végèce indique : ” Ils jurent par Dieu, par le Christ et par l’Esprit-Saint, et par la majesté de l’empereur qui, après Dieu, doit être le premier objet de l’amour et de la vénération des peuples”. Cette ligne place sûrement sa description (…) dans la période impériale chrétienne,(…). Reste l’hypothèse qu’il ait adapté ce serment à son époque pour éviter une censure, mais j’y crois moyen.

    Au contraire, crois-y à fond. On ne sait pas avec précision quand écrivait Végèce mais c’est de toute façon après l’édit de Théodose et les fonctionnaires sont tous supposés chrétiens. C’était la bien-pensance du moment et il n’était pas question d’inclure dans un livre dédié à l’empereur la moindre référence aux dieux païens, même dans un contexte où ils auraient leur place.

    Après, pour l’intégration des bleus en unité de combat, je ne sais pas s’ils commencent par la première cohorte ou la dixième. Les deux places sont possibles, et chacune comporte des risques. La première cohorte a quand même l’avantage d’avoir un effectif double qui la rend moins fragile

    Pas question ici de la dixième cohorte. Végèce est clair sur ce point et c’est logique : si la première est plus étoffée, c’est précisément à cause de la présence des recrues, de leurs instructeurs et de l’administration qui s’y rattache. Elle sert donc aussi de cohorte-école et les bleus qui en sortent sont au fur et à mesure dirigés vers la dixième (la moins exposée), au gré des besoins.

    Je pense que vu l’emploi des termes hastaire ou prince par des contemporains comme Ammien Marcellin, on est loin du système disparu de la république. Les soldats ont potentiellement évolué, mais leur rôle reste sensiblement identique être le cœur d’infanterie de la légion.

    Décidément, ce mot « prince », quoique étymologiquement exact, ne colle pas dans ce contexte. Trop de connotations parasites. Dans ce cas précis, je préfère en revenir aux termes latins principes, hastati et triarii.

    Donc oui, les trois mots ont pu être utilisés jusqu’à la fin, mais pas leur signification. Végèce prend même soin de le préciser :

    Notre usage est de composer notre premier rang de soldats anciens et exercés, qu’on appelait AUTREFOIS principes” (Liv.III, chap.13). Et il utilise la même formule trois lignes plus bas à propos des hastati.

    Ceci dit, tu as raison sur les confusions qu’on trouve ici et là, soit par des maladresses de traduction, soit parce que Végèce passe rapidement sur des détails bien connus de ses contemporains mais oubliés par la suite.

    Tu ne trouveras pas de contresens caractérisé chez Végèce. C’est un virtuose de la synthèse et c’est même sa spécialité : construire un texte ordonné, clair et précis à partir de données disparates. Il le fait ici dans le domaine militaire comme il l’avait fait précédemment à propos de la médecine vétérinaire. Cela nous donne d’ailleurs une idée de la manière dont il procédait. Il ne s’enfermait pas pour construire un monument littéraire dans la solitude de son bureau. Il écrivait un chapitre et en passait une copie à ses amis et relations. Après avoir reçu leurs avis, il entamait le chapitre suivant, etc.

    On le voit bien dans son hippiatrique (sur la médecine des chevaux). Alors qu’il en était à la moitié, on lui signala une épidémie frappant les bovidés. A la demande de ses lecteurs, il laisse aussitôt tomber les canassons pour traiter des soins à apporter aux ruminants. Dès que c’est terminé, il retourne à ses chers chevaux.

    C’est pareil pour son traité militaire. Le premier livre est le seul à être quelque peu polémique. Il a beau y mettre des formes, son agacement se lit entre les lignes. On engage des barbares fédérés à la loyauté discutable, qui coûtent cher, se battent n’importe comment, ne comprennent pas les ordres, commettent des tas d’excès, etc… sous prétexte que les soldats de l’Empire sont de moins en moins efficaces. La réalité défendue par Végèce est qu’on a laissé la vieille discipline et l’entraînement courir à vau-l’eau et qu’il convient d’en revenir aux bons usages. Comme ce premier livre s’achève sur une conclusion adressée à l’empereur, on peut en déduire que dans l’esprit de l’auteur, son travail était terminé.

    Mais ses lecteurs n’ont pas été de cet avis. Ils exigèrent une suite. Végèce s’exécuta et le livre second prend un tour moins personnel, plus descriptif. Je pense qu’il n’était pas encore achevé que ses lecteurs, de plus en plus nombreux, commençait déjà à lui scier les côtes pour qu’il parle des batailles !

    Bon bougre, Végèce poursuivit donc. Mais on commence alors à distinguer des passages de moindre intérêt pour l’auteur comme pour nous. Le chapitre du livre III sur les ordres de bataille en est un. Végèce ne l’écrit que parce qu’on le lui demande. Comment pourrait-il prendre cette partie si académique au sérieux alors qu’il vient d’aligner des pages sur la réactivité, les initiatives, les imprévus et les circonstances ?

    Son intérêt se réveille au livre IV. Sans doute est-il lui-même séduit par l’aspect technique des guerres de places fortes avec leur contingent de matériel sophistiqué, de ruses réciproques et de gestion logistique. Quant au livre V, sur la marine, il a dû lui apparaître comme une véritable punition à écrire. Le dernière phrase du texte sonne d’ailleurs comme une manifestation de ras-le-bol :

    « Quant aux bateaux qui croisent sur le Danube, je m’abstiens d’en parler : les leçons d’une pratique journalière en apprennent plus que tous les développements de la science ».

    A traduire par : « Oh et puis merde ! Qu’ils aillent y voir si ça les intéresse ! »

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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