Post has published by Ambarequiem
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    @Frëki

    “On ne peut pas parler d’armée régulière pour le Moyen Âge”

    Ne confond pas armée régulière et armée permanente.

    On entend par armée régulière l’armée officielle d’un Etat ou d’un pouvoir légalement constitué. Aussi, l’armée du Roi de France, constituée sur une levée de “milice” est une armée régulière, mais l’armée de n’importe quel comte, constituée aussi sur des levées de “milice”, est aussi une armée régulière, puisque reposant sur un pouvoir légalement constitué.

    L’armée régulière se défini par opposition à l’armée irrégulière (guérilla), ou privée (mercenariat). Encore que le mercenariat soit l’un des mode de service dans l’armée régulière. Il y a quatre modes principaux de service dans une armée :

    • Le service de milice où le soldat est astreint par la législation
    • Le service mercenaire où le soldat, non astreint au service s’engage pour un temps déterminé; moyennant une prime d’argent
    • Le service volontaire soldé par des soldats non astreints par la législation, qui s’engagent sans prime d’argent
    • Le service volontaire non soldé, par des soldats non astreints par la législation qui servent sans recevoir de solde.

    Au Moyen-Age, le service militaire part la plupart du temps du service de milice. La convocation de l’Ost est l’application des dispositions législatives liant suzerain et vassal, l’arrière ban étant la convocation des vassaux des vassaux. A la convocation de l’ost, les vassaux de premier rang remplissent leurs obligation légale de service militaire, souvent limitée dans le temps (40 ou 60 jours). Il y a trois types de vassaux pour un roi : les féodaux, les religieux et les communes. Les féodaux doivent généralement le service en personne, en plus d’amener un certain nombre d’hommes à l’armée pour tenir son rang :

    • Les grands seigneurs sont bannerets et viennent avec une suite plus ou moins nombreuse, et pas toujours codifiée. Les banneret doivent pouvoir mobiliser au minimum une dizaine de chevaliers.
    • Les chevaliers viennent avec 3 chevaux, ce qui implique un minimum de servants (porte bouclier, page et/ou sergent).
    • Des hommes libres, non nobles, ou nobles non adoubés, servent en leur nom propre et viennent en fonction de leur fortune, à cheval (éventuellement avec un cheval supplémentaire), armés ou non.
    • Les villes et les religieux doivent généralement fournir un contingent, même si certains religieux viennent servir en leur nom propre. Le contingent peut comprendre un certain nombre de chevaliers, et un contingent de miliciens issus des milices urbaines ou rurales.
    • Il peut venir s’y agglomérer des volontaires venant de partout, qu’ils soient féodaux, chevaliers ou non. ils servent, sans solde, souvent pour le prestige, et la promesse de butin et de rançon, en fonction du rang du volontaire, le service peut bien sûr être accompagné de “cadeaux” de la part du roi. L’exemple du volontaire non soldé est celui de Jean de Luxembourg a Crécy.

    Le service légal de milice étant souvent trop court pour les besoins d’une campagne, le roi peut procéder de différente manière, notamment, il retient une partie de l’effectif en service volontaire soldé. C’est cette partie qui assez tôt donne une armée rendue permanente, ne serais-ce que par la nécessité de garder les forteresses 365 jours par an. L’autre solution pour garantir des effectifs sur le temps long est d’engager des compagnies mercenaires où le roi passe un contrat avec le capitaine d’une armée privée.

    “sauf peut-être à l’extrême fin de cette période avec les compagnies d’ordonnances qui sont une initiative d’abord bourguignonne, puis qui s’étendent en France”

    Relis peut-être les dates. Les compagnies d’ordonnance sont bien une innovation française, construites à partir des Compagnies “ordonnées” de la réforme militaire de Charles V, le “Sage” (1373-76), puis institutionnalisés en compagnies d’ordonnance par Charles VII vers 1445. Le système des compagnies d’ordonnance est repris par Charles le Téméraire vers 1473-76, les français ont grosso-modo cent ans d’avance sur la Bourgogne.

    Dans ce système, on trouve la naissance de l’armée régulière permanente, qui existait cependant déjà antérieurement à cette période. Philippe Auguste par exemple a une armée soldée en permanence sur laquelle viennent se greffer les contingents des milices et levées.

    Mon second point est une des faiblesses de la documentation que sont les chroniques de l’époque qui mentionne le plus souvent que les troupes plus “prestigieuses” comme les nobles, chevaliers ou sergents, mais ne laisse pas beaucoup de place à la piétaille. C’est une des raisons pour laquelle on ne peut pas vraiment être sûr de la composition des armées médiévales car les auteurs (qui écrivent le plus souvent si pas tout le temps pour la noblesse) ne parlent pas ou peu de cette part des combattants.

    Non, nous avons des documents d’époque sur les armées, et leur composition. Aussi, la prisée des sergents de 1194-1204 donne des indications très précises sur l’organisation de l’armée de Philippe Auguste. C’est vrai que la conservation des sources est un problème, notamment pour les sources d’archives royales antérieures à 1194 perdues à Freteval, mais aussi, à plusieurs autres moments de l’histoire.

    Avec la prisée des sergents, nous avons une estimation de ce que Philippe Auguste pouvait lever comme troupes sur son territoire : 2000 chevaliers, 5000 sergents à cheval, 17 000 sergents à pied. Mais je ne pense pas que le registre compte les troupes des grands féodaux qui doivent rejoindre aussi l’armée.

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