Post has published by Ambarequiem
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@kymiou

Mais non. Cette période de quatre mois figure dans un paragraphe relatif aux armées romaines des origines (Livre II, chap. 4-5) qui s’organisaient par levées annuelles. Pour Végèce, qui écrit au Vème siècle, autant dire que ça remonte au Déluge.

Je ne pense pas que les écrits compilés par Végèce viennent de si loin, en tout cas pour l’organisation de la légion. Dans le même paragraphe, Végèce indique : ” Ils jurent par Dieu, par le Christ et par l’Esprit-Saint, et par la majesté de l’empereur qui, après Dieu, doit être le premier objet de l’amour et de la vénération des peuples”. Cette ligne place surement sa description de la légion dans la période impériale, et dans la période impériale chrétienne, soit jusqu’à une centaine d’année avant qu’il écrive son ouvrage (reste l’hypothèse qu’il ait adapté ce serment à son époque pour éviter une censure, mais j’y crois moyen). Et il a surement fait une compilation entre le haut et de bas empire pour son organisation, mais au mieux elle est maladroite, au pire elle est mal traduite, puisque son utilisation du mot manipule ne fait absolument pas référence à ce que l’on connait pour les légions républicaines.

Ces quatre mois devaient sûrement toujours exister mais, comme le recrutement était permanent, c’est sans doute l’administration de la 1ère cohorte qui gérait les recrues par fiches personnelles.

Je pense que le système de l’armée permanente a même donné un système de formation des recrues beaucoup plus long et étoffé, mais c’est juste une réflexion. Je pense que la formation des légionnaire se faisait hors rang, et que seuls des légionnaires aptes au combat sont intégrés dans les légions.
Pour la formation, l’établissement des camps permanents va avoir pour conséquence de sédentariser les légions, mais aussi souvent de les éloigner fort longtemps de vivier de citoyens romains qui sont les seuls recrutables. Aussi le renouvellement des légionnaires se fera en vase clos, par l’engagement de leurs fils. Il devait y avoir adossé au camps, un système de formation de ces fils de légionnaires dès le début de l’adolescence. La formation pouvant soit être assurée par des légionnaires (et la première cohorte qui comporte le plus de spécialistes et maîtres d’armes devait y avoir une part), soit par des vétérans. Ainsi, la légion devait pouvoir compter sur des soldats avec plusieurs années de formations préalables. Les recrues venant du dehors devaient suivre une partie du parcours de formation avant de pouvoir intégrer une unité de combat (le minimum à l’air d’être quatre mois donc pour la période impériale).
Après, pour l’intégration des bleus en unité de combat, je ne sais pas s’ils commencent par la première cohorte ou la dixième. Les deux places sont possibles, et chacune comporte des risques. La première cohorte a quand même l’avantage d’avoir un effectif double qui la rend moins fragile. Mais il faut considérer que la première cohorte est loin d’être une unité 100% combattante, puisque pour certaines époques, elle inclut des centuries de spécialistes. Par contre, à mon avis, l’incorporation des nouveaux se fait généralement dans les tirailleurs, il faut du temps aux soldats pour pouvoir payer son équipement (le légionnaire paye son équipement sur sa solde)la cuirasse et la place dans les premières lignes viennent avec l’expérience.
Le problème du IV e siècle viennent du tarissement du recrutement héréditaire (avec lois coercitive et mutilation pour y échapper), et l’inclusion de recrues qui sont les personnes dont personne ne veut pour voisin, le recrutement se fait sur les incapables du travail des champs etc…

Même objection. Ce système par lignes a disparu avec la République mais les noms traditionnels ont survécu. Végèce le précise d’ailleurs au L.II, chap.2 : « la légion réunit dans un même corps l’armure pesante, c’est-à-dire les princes, les hastaires et les triaires ». Exactement comme nos lanciers et nos hussards actuels, qui voyagent en blindés et ne sèment plus de crottin depuis longtemps.

Je pense que vu l’emploi des termes hastaire ou prince par des contemporains comme Ammien Marcellin, on est loin du système disparu de la république. Les soldats ont potentiellement évolué, mais leur rôle reste sensiblement identique être le cœur d’infanterie de la légion. Potentiellement, les hastaires ont repris leur rôle de l’armée royale, ils sont redevenus lancier (mais est-on sûr qu’ils aient abandonné cette lance au cours de l’empire). Pour le parallèle avec l’époque actuelle, les hussard sont toujours de la cavalerie légère spécialiste dans la recherche du renseignement, et la reconnaissance, quand les cuirassiers sont toujours de la cavalerie de mêlée avec grosse cuirasse et grosse épée (canon en fait). Les dragons redeviennent même de l’infanterie portée avec l’organisation du 5e RD en France. Les fonctions ne changent pas tant que ça malgré les mutations de l’équipement.

Encore une fois non. Végèce donne le détail précis : 1100 fantassins plus 132 cavaliers pour la 1ère cohorte, 555 fantassins et +/-70 cavaliers pour les neuf autres. Les archers et autres spécialités que tu évoques sont à inclure dans ces chiffres, ils ne s’y ajoutent pas.

C’est dans la description qu’il fait de l’ordre de bataille de cette légion que se trouvent pas mal de confusions : “l’infanterie commence à se former par la première cohorte de la droite ; la seconde se place de suite en ligne ; la troisième occupe le centre ; la quatrième se range à côté ; la cinquième la suit et forme la gauche de la première ligne. Les ordinaires, les autres officiers et tous les soldats qui combattaient dans cette première ligne, devant et autour des enseignes, s’appelaient le corps des princes, tous pesamment armés ; ils avaient des cuirasses complètes, des grèves de fer, des boucliers, de grandes et petites épées, cinq flèches plombées dans la concavité de leurs boucliers, pour les lancer à la première occasion, et deux armes de jet ; une grande, qui est le javelot, et une petite, qui est le demi-javelot ou le dard.” Et quelques lignes plus bas : “La seconde ligne, où étaient les hastaires, était armée comme celle des princes, et se formait à la droite par la sixième cohorte ; la septième se plaçait de suite ; la huitième occupait le centre ; elle était suivie de la neuvième, et la dixième fermait toujours la gauche. Derrière ces deux lignes, on plaçait les férentaires ou les légèrement armés, que nous appelons à présent escarmoucheurs, ou gens déterminés ; les écussones, armés d’écus ou de grands boucliers, de flèches plombées, d’épées et d’armes de jet, à peu près comme le sont presque tous nos soldats aujourd’hui ; les archers, armés de casques, de cuirasses, d’épées, d’arcs et de flèches ; les frondeurs, qui jetaient des pierres avec la fronde ou fustibale, et les tragulaires, qui tiraient des flèches avec des balistes de main ou des arbalètes.
Après toute cette armure légère, les triaires”.
Textuellement, il dit qu’il y a deux lignes de 5 cohortes, une de prince et une d’hastaire, puis derrière férentaires, machine et triaire, ce qui laisse entendre que ses soldats sont hors rangs (et dans des sources républicaines par exemple, les férentaires, ascensii et rorarii sont hors rang). C’est cette confusion entre la double ligne de cohorte et les lignes des soldats dans la cohorte qui n’est absolument pas claire.
Parce que tout logiquement il aurait pu écrire une cohorte se déploie sur 6 lignes :
• une ligne de princes comportant 100 soldats
• Une ligne d’hastaires comportant 100 soldats
• Deux lignes d’archers et d’armée à la légère comportant 200 soldats
• Une ligne de machines de guerre, à raison d’une machine par centurie et de 11 servants par machine : 5 machines et 55 soldats
• Pour fermer le rang, une ligne de triaire 100 soldats
• Total de la cohorte 555 soldats
Son effectif passe crème dans ce format, c’est cohérent avec la répartition des machines par cohorte. Et après, dire que les cohortes d’une légion se déploient sur une ou deux ligne, sa dépend du champ de bataille des choix tactiques etc…
Les centurions ne sont pas dans la course. La promotion circulaire s’applique aux soldats qui, en trente ans de service, peuvent effectivement espérer faire le cursus complet.
Les centurions sortent généralement des rangs, et il me semble avoir lu dans un bouquin de Connelly qu’ils suivaient le cursus circulaire. Après, il faut voir si le légionnaire devait d’abord finir un tour complet avant de passer centurion, parce que dans ces cas là, le Primus Pilus est celui qui le fait 2 fois au complet (60 ans de service c’est un peu beaucoup).

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