Post has published by kymiou
  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    @mongotmery :

    (…) a- t-on un moyen de corroborer, par des exemples similaires de chefs romains ou de César lui-même, cette façon d’entraîner ses troupes?

    Chez César lui-même, à la bataille de la Sabis contre les Nerviens. Il y paye de sa personne et explique lui-même pourquoi ça marche. Je cite (Livre II, chap. 25) :

    « … la situation était critique. Ce que voyant et ne disposant d’aucun renfort, César prit à un soldat du dernier rang son bouclier (…) et s’avança en première ligne ; là, il parla aux centurions en appelant chacun d’eux par son nom et harangua le reste de la troupe ; il donna ordre de porter les enseignes en avant et de desserrer les rangs pour pouvoir plus aisément se servir de l’épée.

    Son arrivée avait donné de l’espoir aux troupes et leur avait rendu courage. Chacun, en présence du général, désirait faire de son mieux, même si le péril était extrême… ».

    Mais le plus bel exemple que je connaisse de ce que peut faire un bon général tout seul dans sa petite armure, c’est Marcellus à la bataille de Canouse contre Hannibal en -208.

    Les deux armées avaient établi leur camp en vue l’un de l’autre, séparés par une plaine pour la bataille. Quand elle s’ouvre, les cavaleries romaine et alliée cèdent très vite du terrain. Marcellus envoie une légion colmater la brèche mais le renfort traîne à gagner sa place et la panique a le temps de se répandre de proche en proche à toute l’armée qui reflue vers son camp en désordre, perdant plusieurs enseignes et naturellement talonnée par les Carthaginois qui s’en donnent à cœur joie.

    Mais pour les malheureux Romains, ce n’est rien en regard du savon que leur passa Marcellus. Ce dernier était connu pour sa compréhension mais là, il était vraiment furax :

    « C’est votre honte, votre faute que je veux vous montrer (…) Quelques heures ont-elles diminué vos forces et doublé les leurs ? Non, ce n’est pas à mon armée que je parle. Vous n’êtes pas des Romains. Vous n’en avez que l’apparence et les armes. Si vous en aviez eu aussi le courage, l’ennemi vous aurait-il vu tourner le dos ? (…) Jusqu’ici, il avait pu tailler en pièces des légions romaines. Là se bornait sa gloire. A vous aujourd’hui, à vous les premiers, il doit celle d’avoir mis une armée en fuite ! »

    Etc etc… Bref, les oreilles ont chauffé. Le lendemain, les Carthaginois se déploient relax, persuadés qu’ils vont achever la besogne commencée la veille. Mais à peine en ligne, les Romains leur sautent littéralement à la gorge. Hannibal lui-même, sidéré par ce revirement, multiplie les exhortations, appelle ses réserves, va jusqu’à engager quelques-uns de ses précieux éléphants, rien n’y fait. Il ne lui reste plus qu’à sonner la retraite.

    Ce fut la dernière victoire – assez acrobatique – de Marcellus, bêtement tué quelques semaines plus tard en menant une reconnaissance. Hannibal lui fit des honneurs militaires soignés et rapatria ses cendres à Rome avec un mot aimable pour la famille.

     

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • A password will be emailed to you.