Post has published by kymiou
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    Member since: 20 juillet 2013

    J’aime bien tes remarques, Pano. Elles défroissent le cerveau. 😉

    Pour commencer, précisons bien que nous nous livrons ici à des conjectures s’appuyant sur des données infimes. Pas questions ici de certitudes solidement établies.

    D’abord, le plus facile. Tu dis :

    Quasiment pas de tricherie ? Ah ? Imaginons la situation suivante : Un guerrier accomplit des prouesses… se prend une flèche… Qui va ramasser les mains droites des guerriers qu’il a abattu ?

    Relis mon message. La « tricherie difficile » que j’évoque est vis-à-vis des scribes chargés du comptage, pas pour ce qui s’est passé avant. Dans l’hypothèse que tu soulèves, si le héros de la journée est mort, sa part de butin va à ses compagnons survivants. C’est tout à fait normal.

     

    J’imagine qu’ils devaient “opérer” APRÈS la bataille plutôt que pendant celle-ci…

    Oh que oui ! soupirerait le fantôme du général Sempronius Gracchus s’il lisait par-dessus mon épaule.

    C’était peu après Cannes. Incapable de fournir des renforts à sa petite armée, le Sénat avait pris sur lui d’engager de force quelques centuries d’esclaves et les lui expédier. Ils furent assez mal reçus mais bon, fallait faire avec.

    Là-dessus approche un corps de troupes carthaginoises. La bataille est inévitable. Gracchus harangue ses vrais soldats puis se tourne vers les esclaves et, voulant les motiver, leur annonce un peu vite que celui qui lui ramènerait une tête de Punique serait immédiatement affranchi et reçu comme légionnaire avec solde et accès au butin.

    Le combat à peine commencé, il suffisait qu’un Carthaginois tombe pour qu’une dizaine d’esclaves lui sautent dessus, le décapitent et se disputent sa tête. Quand le plus fort était parvenu à se la coincer sous le bras, il filait vers l’arrière pour la montrer à Gracchus en zig-zagant entre hastaires et vélites comme un joueur de rugby ! Dépassé, le général fit proclamer très haut qu’il en avait assez vu et que TOUS les esclaves étaient désormais des légionnaires libres « mais, pour l’amour de Mars, retournez combattre, scrognugnus ! »

    La journée fut gagnée, mais cela avait été tangeant.

    Donc oui, la chasse aux mains à l’égyptienne devait se faire après-coup. Ils étaient organisés en compagnies de cinq files (quatre au Moyen Empire) de 10 hommes. Un dizainier commandait chaque file et un chef supervisait l’ensemble. Facile d’imaginer qu’après la bataille, les mains droites étaient récoltées et réparties en fonction des mérites après des discussions qu’on devine agitées, surtout si plusieurs hommes avaient contribué à la mort d’en ennemi.

    Durant la seconde guerre mondiale, ce problème était récurrent dans les escadrilles de chasse. Dans la RAF, par exemple, une victoire n’était homologuée qu’après visionnage du film et/ou témoignages. Il y avait tout un système de 1/2 victoires, 1/3 de victoire, 1/4 de victoire, etc. Il arrivait que ça gueule au debriefing… ! 🙂

    Il est donc tout à fait possible qu’en dehors des officiers supérieurs et autres éléments d’élite, la compagnie déposait collectivement son tas de mains et ses prisonniers ( qu’ils appelaient des « frappés-vivants ») pour recevoir en échange des biens collectifs comme du rab’ en pain et bière, du lin pour les pagnes, un âne pour les bagages, des armes ennemies récupérées, etc…

     

    Comment être certain du nombre d’ennemis abattus ? Et après, il faut arriver à les retrouver

    Je ne crois pas que c’était un réel problème. Les différents ennemis étaient plutôt typés dans leur physique et leur tenue. Les Égyptiens étaient très sensibles à ces différences et les reproduisaient soigneusement sur leurs fresques. Un archéologue de première année distingue instantanément un Nubien d’un Asiatique, un Libyen d’un Bédouin. De plus, à défaut d’un véritable uniforme, il y avait certainement des signes pour distinguer l’ami de l’ennemi au cœur de la bataille. Une couleur dominante, par exemple.

    Ajoute-y qu’il n’y a ni rangs serrés ni phalanges à cette époque. Les batailles étaient beaucoup plus dispersées et dans l’ensemble plutôt brèves en dehors des sièges (Kadesh a duré moins de deux heures). Pas de cadavres à perte de vue du style Platées ou Cannes. Le guerrier sentant venir la défaite n’avait qu’à lâcher son arme et tendre sa main droite, signe évident qu’il se rendait. Il était le plus souvent épargné parce qu’il valait beaucoup plus vivant que mort.

     

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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