Post has published by kymiou
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    @pano :

    Était-ce un autre type de navire de combat ? Un plus grand, par exemple ? Ou un navire amiral ?…

    Navire, navire,… faut pas s’emballer. C’était pas des dreadnought, hein ? Il serait plus juste de parler de barques de guerre, allant de quinze à vingt-cinq mètres, à fond plat pour pouvoir être aisément tirées à sec. Elles doivent être capables de voguer sur le Nil mais aussi se glisser dans les innombrables canaux d’irrigation et même dans les marais du Delta.

    Quand elles ne sont pas simplement en patrouille, elles servent le plus souvent à déplacer l’armée ou alors comme barges de débarquement car la majorité des combats se font à terre.

    Le seul combat naval bien documenté est celui qui opposa Ramsès III aux Peuples de la Mer, vers 1180 av.J.-C. Les belligérants ont des embarcations de taille similaire, avec des extrémités différentes. Les proues égyptiennes portent une tête de lion enserrant la tête d’un ennemi. En voici l’illustration. (source : Academia.edu)

    L’illustrateur suppose qu’il s’agissait d’une tête sculptée mais j’ai des doutes. Quelques siècles plus tôt, Ahmès fils d’Abana racontait qu’au retour d’une campagne, le corps du chef vaincu ornait la proue du vaisseau royal. Dans cette même logique, il me semble qu’au commencement de la bataille, les hommes de Ramsès III fourraient dans la gueule de leur lion de proue la tête décapitée du premier ennemi rencontré. Psychologiquement, cela devait faire un drôle d’effet sur ses copains !

    Idem :

    ‘Faut-il comprendre qu’il s’agissait de mains de guerriers ennemis uniquement ? C’était alors une tradition, une façon de prouver une victoire ?…

    Ce n’était pas une tradition mais de la comptabilité. Les Égyptiens notent tout. Un vrai sport national. Déjà aux temps lointains des premières pyramides, alors qu’ils étaient à peine sortis du néolithique, les chefs tenaient un agenda quotidien des travaux réalisés par leurs hommes. On a retrouvé un de ces papyrus remontant au règne de Khéops. J’en ai parlé ici. Vois tout à la fin du sujet.

    Tout çà pour dire qu’après une bataille, les scribes inscrivent le détail du butin, le bétail capturé, les armes récupérées, les femmes, les enfants, les vieillards, etc… Pour les combattants ennemis, il y en a de deux sortes : les verticaux et les allongés. Les premiers entrent dans la catégorie « prisonniers de guerre » et seront affectés aux travaux dans les champs, les manufactures, les palais et les temples. Avec un peu de chance, leurs descendants deviendront vite égyptiens à part entière.

    Pour les morts, dénombrer des cadavres emmêlés sur champ de bataille n’est pas facile. On demande donc à chaque soldat de couper la main droite de son vaincu personnel et de la présenter après le combat moyennant une rétribution en rapport. On a des scènes représentant une file de guerriers attendant leur tour avec plusieurs mains enfilées sur leur lance comme des brochettes. Un relief de Medinet Habou montre des scribes penchés sur un gros tas de mains et les comptant un à une (c’était après un combat contre les Peuples de la Mer). L’archéologie a d’ailleurs retrouvé des ossements de mains, reliquat de ces tas, notamment à Avaris (là, c’était contre les Hyksôs).

    La tricherie était pratiquement exclue. Les scribes avaient l’habitude. Pas question de leur exhiber une main gauche, féminine ou trop jeune. Rien que des dextres épaisses, cornées, calleuses avec des ongles en deuil, bref de la paluche de guerrier !

     

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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